Le Pelerinage de l’ame en prose [2]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 1v]

Remors de Conscience. Et icellui accuseur escrivoit et plumectoit tout ce que Remors de Conscience disoit en moy accusant.

La apparceu, se me fut advis Justice, en moy accusant et estre a moy contraire. Et quant Remors de Conscience ot tout dit, elle leut devant le juge le brevet ouquel estoit escript la congnoissance et l’advis que Dieu grace me avoit donnee. La Raison me condempnoit et Verité contre moy tesmoingnoit, qui estoient si aimés dudit president que se Misericorde n’eust a lui parlé, il eust rendu son arrest contre moy a sa priere. Les biens et les maulx qui me suivoient balancez et pesez; et ce fait, par congié, elle ala impetrer au roy de Paradis grace pour ma povre ame. Laquelle toute seellee, elle raporta, dont ma cause amanda moult. Et fut prononcé par arrest que pour faire la penitence de mes torfais seroie mené en Purgatoire. Et de telle sentence, Sathan fut tout prest d’appeller.

Et en ce point je vy plusieurs pelerins venans de la valee de ce monde chantans a clere voix a entrer en Paradis, lesquelz Sathan n’osoit regarder, ançois de ce menoit grant dueil et ire.

Aprés me fut advis que Justice donna ung arrest contre plusieurs pelerins tres laiz a regarder qui trespassez estoient en leurs pechiez, par lequel arrest elle jugea estre dampnez a la mort d’Enfer,

[f. 2]

lequel arrest ainsi par Justice donne. Les ennemis tost et hastivement sans faire demourance entrainerent avecques iceulx pecheurs en Enfer. Aprés ce le fardel de mes oeuvres me fut troussé et mis sur mon col, et en cest estat mon ange me mena dedans Purgatoire, ouquel lieu il me reconforta moult, et la apparceuz je bien que priere me fist moult d’alegement. Puis quant entour moy regardai, je vy le Limbe ou avoient esté les Peres Anciens.

Aprés vy je oudit Purgatoire plusieurs et divers tourmens ou maintes creatures estoient obligees par leurs demerites et pechez. Et ainsi comme je entroye en terre, je encontray mon corps tout puant, et en parlant l’un a l’autre nous entre arguasmes tresfort et longuement, jusques ad ce que mon ange me mena oultre et me monstra le Limbe des enfans non baptisez ou ilz estoient en obscurité privez de lumiere et de clarté. Et aprés il me monstra Enfer et Lucifer, roy dudit lieu, qui la dedens estoit tourmenté tres laidement et cruellement. La avoit gibetz et fourches ou pendoient moult de gens de diverses condicions comme trahistres, larrons, envieux, faulx advocatz, menteurs.

Aprés je vy les tourmens laiz et horribles ou estoient tourmentez orgueilleux, convoiteurs, tempteurs, paresseux, luxurieux et gloutons et finablement vy les tourmens des tirans, des mescrëans et moult d’autres gens en tres grant nombre, desquelz tourmens je m’esbahy moult

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