Le Pelerinage de l’ame en prose [3]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 2v]

et me fut advis que c’estoit griefve chose de Purgatoire, et aussi de pugni ainsi griefvement et a tousjours la creature pour ung pechié dont la delectacion est si tost passee. Mais mon bon ange quant il vit que j’avoye celle pensee me apaisa en me monstrant les raisons pour quoy Dieu seuffre ainsi estre fait.

Aprés ce je vy moult de mortelles personnes alans et venans pres de moy et touteffois ilz ne sentoient point le feu dedans lequel je estoie tousjours comme je faisoie.

Aprés ce je ouÿ dire la nature de la pomme qui pendi en l’arbre sec pour rachecter homme qui mal avoit mors en la pomme. Et puis ouÿ parler de plusieurs pommiers, et vy le lieu ou estoient enfouis plusieurs asnes.

Aprés vy je la doctrine qui reformoit ung homme qui mal estoit fait, et me fist ung grant sermon et une grant predicacion de l’ame et de sa condicion. Aprés ce me fut advis que le tourment ou je estoie cessa et que le ciel se ouvry, et me sembla que je vouloye et que ma penitence estoit faicte et ainsi me mena mon ange en hault et me monstra plusieurs cieulx par ordonnance, et me tint langaige du ciel qui est nommé cristalin.

Puis vy je l’uis de la noble maison ou Dieu reposoit en laquelle a moult de mansions ou habitoient les saints et les sainctes qui estoient la dedans festoiez moult

[f. 3]

noblement, lesquelz aussi servoient et festeoient haultement Dieu le createur.

La vy je la maniere que tenoit Adam a celle feste et ceulx qui estoient de sa gent. En ce point je m’esveillay et me tournay dedens mon lit et quant j’euz pensé aux choses dessusdictes, je les mis par escript en la maniere qui s’ensuit.

BnF fr. 602 f. 3va
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Pelerinage de l’ame en prose, f. 3 detail

Cy commence le pelerinage de l’ame en prose

Quant* je m’esveillay, aprés mon songe de l’umain pelerinage, je me fus esmerveillé de ce que riens ne veoyé de mon songe. Nëantmoins je onc pensay que en bon espy doit avoir grain qui bien le quiert. Et en ce pensant advis me fut que le voyage et pelerinaige humain est exposé en telz perilz comme j’ay decleré ou livre dudit songe. Et oultre advis me fut, selon la doctrine de Job en son XIIIIe chappitre, que humaine creature est assez semblent a la fleur qui chet jus a la force du vent et devient seche, et puis qu’elle est ainsi cheue, d’elle on ne tient compte. Car humaine creature, puis qu’elle est nee, ne demeure point en ung estat tant povre que riche, mais s’ensuit comme l’ombre a la venue du soleil.

En pensant a ces choses, je me tournay sur l’autre costé et me rendormy. Et derechief songay ung autre songe que desclereray cy aprés, lequel deppend assez du premier songe en continuant le chemin de mon pelerinaige que encores n’avoye pas eschevé

*Ornate, three line high letter Q

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