Le Pelerinage de l’ame en prose [4]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 3v]

sicomme je cuidoye, mais avoye grant chemin a faire, comme je raconteray cy aprés. Et me fut advis que quant la mort me n’aura et fery tantost me tournay en l’air l’ame, separee du corps.

BnF fr. 602 f. 3vb.jpg
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Pelerinage de l’ame en prose, f. 3 detail

Et lors me sembla que mon corps gisoit tout mort sans se mouvoir, plus puant, vil et ort que nul fumer; et jamais n’eusse cuidé ne creu que se eust il esté […] si nouvellement de lui ne feusse yssu. La vy je Misericorde le prendre et le lyer et mettre en terre, et de l’autre costé estoit Priere, qui sa voix fist voler es cieulx en requerant a Dieu que de moy voulsist avoir mercy. Et certes j’avoye de ce grant besoing, car soubdainement me vouloit happer Sathan la beste sauvaige, et commença a parler a moy en disant en ceste maniere.

Ci parle Sathan a l’ame

Or t’ay je tant espié que je n’ay pas perdu mon entente mais t’ay prins a l’issue de ton pelerinaige et fault que avecques moy t’en viegnes. Car Raison cy te condempne, laquelle tu n’as pas voulu croire; pour ce en demourras en chetiveté. Et aussi tu as perdu Grace Dieu, qui te souloit aider et compaigner. Si laisseras maintenant ton bourdon et ton escharpe pour ce que faintement les as portez et n’as pas demené l’estat de bon pelerin. Et pour ce, tantost te mettray en telle prison que n’auras talant de chanter ne de rire, mais pourras bien crier las, dolent, pour quoy m’a fait et formé Dieu pour faire souf-

[f. 4]

frir telle douleur. Et quant je ouÿ cestes parolles, je eusse esté moult desconforté se ce n’eust esté le reconfort de mon angle, lequel estoit a mon costé. Touteffois je ne l’avoye pas apparceu et n’avoye pas pensé a l’escript de monseigneur saint Jerome, qui dit que la dignité de l’ame humaine est si grande que tantost qu’elle est nee, quelle qu’elle soit, elle a ung bon ange deputé pour son gardien.

Cy argue l’ange contre Sathan.

Et lors icelui ange parla a Sathan mon adversaire, en lui reprouchant que trop tost se hastoit de reclamer droit ou il n’avoit riens, et que de ce se devoit deporter et ailleurs aller glaner.

Cy argue Sathan contre l’ange.

Mais le faulx Sathan lui respondi que ainsi n’yroit pas et que lui ne Raison ne pouroit contredire que tout pelerin forvoyé et qui a delaissé le droit chemin ne feust sien. Et quant est a lui, il ne clamoit riens a ceulx qui tenoient la droicte voye. Et oultre, disoit icelui mauvais ange les parolles qui s’ensuivent.

Laisse moy, disoit il, le mien et ne me toulz riens, car mes enfans lesquelz j’ay engendrez depuis que Dieu m’eust banny du lieu ou j’avoye esté creé. C’est assavoir Envie et Trahison, avecques toute leur lignee qui cheminent de par moy par la terre pour encombrer et empescher les pelerins, qui sont en tel nombre que a peine est il nul pelerin qui de leurs laz et des miens puist eschapper, ont forvoyé cestui dont tu parles qui est en presence. Car il ne voulut oncques aller fors la voye torte, ce scez tu bien, et

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