Le Pelerinage de l’ame en prose [5]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 4v]

ne t’a de riens creu. Mais c’est efforcé des ce que tu le prins en garde, et que Grace Dieu lui eust fait moult de beaulx dons, de faire tout au contraire de ta voulenté et de tes monicions. Et as eu moult a faire pour le retraire de sa mauvestié et de mes mains et aussi de maint autre encombrier, de quoy il ne t’a sceu aucun gré ne oncques ne t’en mercya, ce sçay le bien.

Et d’autre part il ne t’a de riens prise, ne laissé a faire pour toy oeuvre mauvaise et a toy desplaisant en appert ne en recelle, et toutesvoies il te devoit faire reverence en tous lieux; si ne sçay pour quoy tu le deffens. Il n’est pas temps de ce faire, car pour ce qu’il m’appartient de droit, nul ne le me doit empescher.

Cy respont l’ange a Sathan.

Adonques mon ange respondi en ceste maniere. Sathan, dit il, j’ay bien ouÿ ton langaige et sçay bien des pieça qu’il n’a en toy fors que mauviestié et que [s]e aucun bien tu savoyes, tu ne le diroies jamais. Mais scez bien proposer le mal et transmuer le bien en mal. Cecy assez as tu recongneu, par ce que tu as dit que par toy sont engendrez et envoyez au monde tous vices et pechiez.

Et pour ce, se cestui mon pelerin a fait aucun mal, se a esté par toy et en partie et par ta mauvaise lignee que tu as esmeu contre lui, non mie que maintenant le vueille du tout excuser. Car de ce le fera convenir assez le bon saint Michiel qui est prevost du ciel, devant lequel il le me fault mener. Et pour ce se tu veulx riens dire contre lui, viens de-

[f. 5]

vans lui et il te fera droit et justice. Faire ne te puis autre chose, car je ne suis pas juge, mais gardien suis dudit pelerin. Lequel jusques a la fin je le conduira.

Cy respond Sathan a l’ange

Ad ce respond le faulx Sathan: Tu me fais, dit il, tort, ne je n’eusse cure d’aller devant ce juge que tu me nommes car il me fist tresbucher du ciel. Et toutesfois pour ce que j’ay bonne cause et juste, je ne ferai mie que je n’y voise.

Cy prennent l’ange et Sathan l’ame ensemble et la mainent par l’air pour la presenter devans saint Michel

Lors me prindrent et menerent ensemble et me leverent oultre l’air. La estoit Sathan a senestre et mon bon ange a destre, auquel j’avoye souvent l’ueil pour ce ledit Sathan que je doubte moult.

BnF fr. 602 f. 5
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Pèlerinage de l’âme en prose, f. 5 detail

En ce point vy la terre ça jus, qui ne me sembla pas plus grande avec tout ce qui est sur elle et environ comme la mer et autres caves, que une grant ville ou cité, combien que je ne fusse pas plus pres du ciel, se me sembloit que par avant. Et la vy de merveilleuses et diverses besoingnes et me sembloit que je vëoye jusques au millieu de la terre et tout ce qui dedans entroit, combien que le millieu de icelle me fut plus obscure que tout le remenant.

Car ainsi comme l’ordonnance des elemens est telle que le plus pur est dessus et le moins pur est au dessoubz, tout ainsi la terre me sembloit moins obscure que par dehors que dedans, et plus se* obscurcissoit de tant que plus aloit avant en avalant vers le millieu d’icelle.

Si que icelui millieu estoit tres obscur et hydeux a regarder, non mye que je ne vëisse

* Repeated “obscure par dehors que dedans et plus se” has been omitted.

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