Le Pelerinage de l’ame en prose [6]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 5v]

bien. Et me estoit tout ce qui estoit ça bas plus que n’est le voirre au soleil quant il luist. Et me sembloit que, sans fable, les esperis pouoient passez par la terre plus ligierement que les oyseaux par l’air ne que les poissons par la mer. Et desquelz les esperis la terre et l’air estoient plains, et aloient par tout ou ilz vouloient, a destre et a senestre, en long et en lé, toutesfois qu’ilz vouloient d’un bout du monde jusques a l’autre tout* ainsi tost que la veue d’une personne se peut tourner d’un costé et d’autre. Et iceulx esperis estoient de diverses manieres et selon la diversité d’iceulx, les uns savoient plus que les autres, et jamais n’eusse creu telles choses comme j’ay cy dessus recitees se je ne les eusse vëues. Et quant il m’en souvient, je en ay grant admiracion; et d’aucunes d’icelles se resjouÿ mon cuer et des autres il fremi. Et ainsi que mes deux conduiteurs me menoient hastivement par l’air, ilz arriverent en ung lieu resplandissant de lumiere hault et bas pour la faire le jugement de moy. A l’entree du ciel je demoure ou moult d’autres estoient qui attendoient pour semblable cause.

Entre lesquelz, mon bon angle qui me menoit me laissa. Iceulx avoient chacun ung ennemy accuseur, qui crioient a haulte voix a saint Michiel qui les delivrast et qui leur adjugeast leur proye. Et mesmement le mien commença a parler au prevost saint Michiel, en lui requerant qu’il ne voulsist adjouster foy a celui qui pour moy estoit alé pardevers lui, car sans lui, se distoit il, ne devoit estre ouÿ.

BnF fr. 602 f. 5v.jpg
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Pèlerinage de l’âme en prose, f. 5v detail

En ce point la je regarday au long de

[f. 6]

ce** lieu, auquel je vy plusieurs cieges treshaulx assis plus clers que cristal, dont les aucuns estoient verdoyans, les aucuns de couleur d’or, les aucuns de couleur argentine et les autres de plusieurs polies couleurs. En ces sieges sëoient creatures de clere façon et plus que le soleil et me faisoient grant joye a vëoir. En telle joye ne demouré que ung peu, car hastivement fist entrer une courtine entre moy et eulx, si que clerement ne peuz riens vëoir. Mais j’entendi bien le parlement qui se faisoit la dedans ouquel mon bon ange estoit qui commença ainsi a parler.

Prevost, dist il, Michiel, qui es commis de par Dieu de Paradis a faire jugement particulier de toutes gens jusques ad ce qu’il descende en personne pour tenir le grant jugment. Vueillez moy oïr ung petit pour ung pelerin qui m’actent la dehors, empres lequel est Sathan, qui l’accuse de moult de pechez et par ce le veult avoir; mais a mon advis il ne doit point estre ouÿ en ce.

Et lors le faulx Sathan qui dehors estoit et escoutoit auprés de moy s’escria a hauste voix. Certes, dist il, il doit estre mien, je le prouveray bien. Si te prie, Michiel, que tu le me vueilles delivrer car je n’actens autre chose.

Adonques ouÿ sonner une trompille, et tantost aprés le son, je ouÿ une voix qui a haulte cry disoit: Venez trestous au jugement. Et premierement, les premiers venus, et mesmement ceulx de qui les causes sont cleres et non pas troublés. Et lors je vy la compaigne des ames avecques lesquelles je estoie

* Ms paragraph division nonsensical here.

**Repeated “de” omitted.

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