Le Pelerinage de l’ame en prose [9]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 8v]

-calipse ouquel monseigneur saint Jehan dit qu’il est une quantité de beaulx vieillars seans ou trosne, vestus de vestemens blans, couronnez de couronnes d’or.

Aprés fut dit a ceulx qui actendoient dehors qu’ilz se venissent presenter en jugement par ordre. Et chacun d’iceulx se tenist auprés de la courtine sans entrer dedans et les gardiens d’iceulx feroient leurs rappors en regardant dedans le lieu pour ce qu’ilz sont compaignons aux saints esperis qui dedans sont. Ainsi fut fait comme il avoit crié, et me mist mon gardien avant et des autres aussi chacun le sien.

La n’avoit pelerin qui n’eust le visaige bien pale et le chief enclin pour ce que chacun d’iceulx vëoit son adversaire prest de mal faire. La n’ot si grant ne si petit, et mesmement les maistres de la loy, qu’il ne feust mis a question, desquelz je me taire quant a present pour ce que de mon fait il me souvient mieulx que des leurs. Et aprés ce que moult de causes furent expediees et decidees et que le temps fut venu d’entendre a la myenne, mon gardien print la parolle en disant ainsi.

Sire Michiel, prevost de Paradis, vëez cy celui qui me fut peiça commis a garder la bas au monde. Lequel [s]’est bien maintenu en la foy et a perseveré comme bon pelerin jusques en la fin, ne oncques ne laissa son escharpe ne son bourdon aussi. Et pour ce doit

[f. 9]

estre sauvé et estre receu au lieu ou il a tousjours tendu, c’est en la haulte cité de Jherusalem dicte Paradis del plaine de biens, et aussi le veult nostre roy Jhesucrist qui dit, comme il est escript ou XVIe chappitre des Euvangilles saint Marc: qui baptisé sera et bien croira en la foy se maintendra en la fin sera sauvé.


Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. 602, Pèlerinage de l’âme en prose, f. 7v, detail

Adoncques s’escria Sathan tout forceneement. Michel, dit il, or entens je te vueil dire au contraire de ce mençongier qui a nagueres parlé, car il ne souffist mie d’estre lavé de l’eaue de baptesme qui aprés ne se veult maintenir nettement et qui veult ordement gesir. Je sçay bien que celui pour qui il parle a esté lavé en celle eaue que j’ay dessus nommee, mais si tost qu’il a eue congnoissance, il a peu prisé sa laveure. Car en l’ordure [s]’est bouté et a ressemblé la truye que puis qu’elle est lavee, tantost se couche en la boe et a desavoué celui qui l’avoit lavé. Car il n’a pas gardé innocence de vie, ainçois l’a foulee, et appert bien que ce innocence lui eust pleu, il ne l’eust mie ainsi desprisee. Et pour ce je concluds que icelle laveure ne lui vaille rien. Aussi il n’est aucun qui soit affranchy ou previlegié contre sa voulenté.

Et suppose que on alleguast que ce lavement vault moult contre la tache du pechié originel, si dy je qu’il ne souffist pas. Car il est tout taché de pechié mortel comme chacun peut vëoir clerement ou millieu de son visaige ou ses fais sont escrips qui sont plains de grant confusion, d’ordure et de vilté. Et pour ce doit estre pu-

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