Le Pelerinage de l’ame en prose [10]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 9v]

-gny selon ses mesfais et condempné a ardre en nostre feu. Et si di encores, oultre que de tant qu’il a esté ainsi lavé, et qu’il [s]’est ainsi depuis laidement soueillé, il doit estre plus pugny mesmement, car on scet bien que ce second mesfait est pire que le premier. Encores quant le second est fait voluntairement et il est ainsi que cil [s]’est honny et soueillé a son essient.

Quant du premier pechié qui lui est venu du premier pere et de la premiere mere, c’est de Adam et de Eve, je sçay bien qui lui est venu par droit heritaige, combien qu’il ne soit pas du lignaige d’iceulx, mais son corps en est qui pourist la bas en terre, dedans lequel il a prins celle tache originele et pour ce fait il bon estre bien acompaignee.

Et par ainsi, puis que ce chetif pelerin [s]’est ainsi soueillé et emboué es soulas du monde et en la vanité d’icellui, il a fait tout le contraire de ce que Grace Dieu lui avoit amonnesté. A elle ne fist oncques honneur, ne mesmes a son gardien qui le deffend, lequel ment de l’appeller bon pelerin pour ce que en tous temps il a esté faulx et desloyal a son seigneur, car il a prins son nom en vain. Certainement celui n’est pas bon ne ne doit estre tel nommé qui se vente qu’il est au roy et ne tient compte de sa loy, qui prent ses gaiges et fait le contraire de ces commandemens. Tel a tousjours esté ce chetif maleureux qui [s]’est ainsi defiguré et contrefait. Lequel toutesfois le roy du

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ciel avoit fait a sa sassemblance et figure.

Qui est cellui qui pourroit excuser ung tel maleureux ne qui deust parler pour lui, j’en appelle a tesmoing sa conscience, laquelle n’oseroit mentir. Car des l’eure qu’il fut baillé et commis de par icellui roy a son dit gardien et qu’il fut signé du signe d’icelui roy ou nom duquel j’en fus chassié, il ne cessa puis de mesprandre; car tantost lui tourna le dos et pou prisa son nom et son seing et tant plus avant vint et pis fist. Et oncques ne chemina par bonne voye, mais a prins tousjours son adresce pour Orgueil, Envie, Ire, Paresse, Avarice, Gloutonnie et Luxure. Par plusieurs fois a ainsi fait, et pour ce a il plus mesfait que je n’ay et en doit estre plus griefvement pugny que je ne sui, ou au moins autant.

Et semblablement pose qu’il ne feust que mon pareil, ainsi je conclu qu’il doit estre mien et que au lieu de joie ne doit il point aller. Et pour ce je demande que tu le me faces ainsi delivrer tantost si m’en yray autre part ou j’ay a besoingner.

Adoncques commençay a avoir grant paour, pour ce que je ne savoie que dire, et aussi que je vëoye taire tout quoy mon gardien, lequel ung peu aprés me dist que je deffendisse ma cause et qu’il me appartenoit a deffendre mes fais se il ne avoit a la court aucun advocat qu’il voulsist pour moy parler.

Et quant je ouÿ ainsi parler d’avocat, je commençay a penser s’il y avoit aucun a qui

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