Le Pelerinage de l’ame en prose [11]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 10v]

je eusse point fait de plaisir et service pour ce que je savoie bien que advocat ne plaide pas voulentiers sans estre payé et que pouvres gens gueres ne font a la languette de la balance qui se tire tousjours au plus pesant poix et fuit le mendre. De celle condicion sont les advocatz du monde, non mie ceulx de Paradis, qui oyent et parlent pour les povres benignement. Et toutesfois je pensai lors que je n’en avoye aucun qui parlast pour moy, pour ce que quant je abandoyé de biens du monde je n’avoye riens donné et si n’avoye pas acompli ce qui est escript ou Ve chappitre de Job, que on se doit convertir et tourner par devers aucun saint affin que en temps et ou lieu il soit bon advocat.

En telle pensee j’estoye et disoit ainsi a par moy, Dieu que feray je, que dirai je, que respondrai je, ne quelle excusacion pourray je avoir? A mal port suis arrivé, je ne sçay a qui courir, nul bien ne tienne dedens mon escharpe et suis ne plus porter mon baston.

Cy se complaint l’ame a Dieu et fait ses requestes en disant

A Dieu mon createur, tu scez que l’ennemi m’a deceu et m’a mis a povreté et douleur qui durement me demaine, si me fault querir aucun qui par charité ait mercy de moy. Experience et science me deffaillent, espoir me laisse et si voy en terre charité morte. Remede n’auray aucun se ne le treuve en ta haulte habitacion. Si m’en yray criant a l’uis d’icelle en demandant du relief de grace.

Bien seroit advenu se je pouoye trouver congnoissance qui

[f. 11]

me ramenteust par quoy grace eust souvenance de moy. Mais quant je considere que lors que en puissance estoye, je me deusse estre retourné par devers aucun de ses serviteurs qui maintenant me peust estre intercesseur, et que de ce ay esté negligent, je me tien pour chetif, car je voy bien que je n’ay acquis nulz amis. Si ne sçay bonnement a qui me adrescer, mais toutesfois pour l’ennuy que je seuffre je demanderay a l’uis l’aumosne de grace, en disant ainsi.

Cy fait l’ame sa requeste a Jhesucrist

Jhesucrist Dieu et filz de Dieu, qui nasquis de la Vierge Marie ta mere, pour ce que tu es frere des hommes, je te requier de moy aider a ce besoing. Et ce fay je feablement pour ce que tu as souffert mort amere pour les pecheurs sauver.

Et que a ceulx qui te requierent devotement tu ne refusas oncques ta grace. Je sçay bien que j’ay mesprins vers toy et que je t’ay courroucé et viens bien tart a requerir merci, mais toutesfois je ne t’ay point renyé ne ta loy aussi. Je sçay bien que je n’ay pas fait tout ce que je devoye, mais je congnois bien que tous mes pechez ne sont pas si grans comme est ta grace, laquelle ne fut pas toute despandue quant pour moy et pour les autres souffris mort.

Et pour ce tout temps elle aflue et est si grande et puissant[e] que on ne la pourrit nombrer, je te pris qu’il te plaist que icelle grace vueilles sur moy estandre en me deffendant de l’ennemy qui cuide que je l’aye perdue, et ne te desplaist pas se je te requier de parler pour moy. Car Raison assez s’accorde que ta charité

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