Le Pelerinage de l’ame en prose [13]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 12v]

ce que j’ay sçay bien que tu as aidé a moult d’autres, je vien a toy comme a mon patron.

Cy parle l’ame a saint Bernard.

Entens aussi s’il te plaist, sire saint Bernard, qui as acquis couronne double pour les doulx biens charitables que as fais au monde. Et pour ce ne dois refuser a donner largement a ceulx qui te requierent. Je vien a toy en te priant devotement que tu soies prest a moy aider a ce besoing.

Cy parle l’ame a saint Guillaume

A toy aussi, saint Guilleme, qui es mon parrain, comme filleul je te deprie combien que tu ne me ayes pas levé de fons, mais autant je l’ayme que de la misere me vueillez delivrer et relever. Tu scez que je suis de ta famille et pour ce te prie et appelle plus hardiement en mon aide. Et je appelle aussi toute la court du ciel pour secourir a ma povre cause et me aidez a delasser des laz de Sathan.

A vous donc, tous sains et sainctes, vien je pour avoir la donnee. Ma povreté est assez congneue et pour ce, se mescondissez charité, ne vous entendroit pas quitte qui veult selon les loix escriptes que le relief soit donné aux povres. En ce point se leva une dame qui dist ainsi a saint Michiel:

BnF fr. 602 f. 10v
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Pelerinage de l’ame, f. 10v detail

Cy parle Justice a saint Michel.

Sire juge, tu scez bien que en [t]a court contriction et penitence n’ont point de lieu. Advocas aussi et prieres doivent estre mis arriere s’ilz n’ont esté retenus en terre a pension, et semble que ce pelerin que j’ay cy ouÿ crier viengne contre ceste loy. A ce ne me puis je consentir, ne* fait pas saint Augustin qui dit que en adversité on ne treuve pas ligierement qui deffende s’il n’a esté quis et pourchacé en temps de prosperité. Et pour

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ce que ou temps passé il a eu assez temps de faire ses oroisons et lamentacions, et d’establir et constituer aucuns procureurs maintenant feussent venus pour lui, ilz viennent trop tart maintenant a faire telles requestes. Tu ne le dois pas souffrir. Ad ce aussi ne s’accorde pas ma seur Dame Verité qui me tient cy compaignie. Je ne seroye mie bien nommee Justice qui dois ordonner tout a droit se je le souffroit, et pour ce m’as tu baillé a porter ces balances pour le peser par rigueur de droit en rendant a chacun le bien et le mal qu’il aura fait. Si le dois contraindre a respondre selon ses oeuvres: s’il a aucun bien fait, si le mette ou batin destre de la balance. Car en l’autre son adversaire Sathan a mis assez de maulx.

Ci est gettee la sentence que l’ame doit respondre de son pelerinage

Adoncques ouÿ crier a son de trompe que c’estoit droit que le pelerin respondist de son chemin ou de ses oeuvres et que la court le vouloit ainsi car elle n’avoit pas acoustumé de faire autrement. Et en ce point je fus tout esperdu, car il me semble que c’estoit la sentence du juge laquelle je redoubtay moult pour ce que n’avoye deffense qui fust valable. Mais nëantmoins je pensay au mieulx que je pourroye je deffendroie ma cause, et commençay a parler en telle maniere a saint Michiel.

Cy parle l’ame a saint Michel

O glorieux juge, dis je, qui es prevost du ciel, il m’est advis que tu ne dois ouïr Sathan a faire action ne denonciacion contre moy. Nagueres j’ay assez demonstré et aussi je ne doy de riens respondre a lui pour ce qu’il est infame, et pieça par toy condempné, jugié, banny et chassié hors du ciel. Et si puis bien faire par raison excepcion de lui, car tousjours il a esté mon ennemi prouvé

*Here the text has non, which doesn’t quite make sense. Ne in the modern sense of ni, however, does.

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