Le Pelerinage de l’ame en prose [15]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 14v]

-royes a ton prestre monstrer la sauvaige beste de toy. C’estoit ton ame qui estoit toute desguisee et deformee par tes laitz et hors pechiez, afin que quant il auroit bien veue, il te donnast absolucion. Il donne voulentiers telz loyers a celui qui ainsi s’abandonne a lui faire vëoir celle desguisee beste.

Cy demande l’ame a Sinderesis qui elle est et elle lui fait response

Lors lui demandai, qui es tu? Ce dist elle: s’il te souvenist bien de la dame qui te sermonna du maillet de contriction, tu eusses de moy souvenance. Elle te prescha d’une chose que on nommoit ver de conscience, lequel quant il avoit nettoyé son manoir elle estachoit, et par icellui ver elle m’entendoit pour ce qu’elle savoit que je remors et runge tousjours celui qui fait tort a lui mesmes; et ne meurs point se je ne suis tuee ou assommee du maillet de contriction.

Cequel tu n’as pas tenu et de lui ne m’as mye servé, mais a ton dommage me as espargnee. Et j’ay maintenant grant queue, grosse et bien poingnant, comme tu sauras tantost. Ta large conscience l’a fait ainsi croistre, car se elle eust esté plus estroicte, elle ne feust pas tant crevé.

Cy parle l’ame a Sinderesis

Aprés qu’elle eut ainsi parlé, bien lui confessa que ver estoit et pour ce, par raison la pouoit excepter de moy accuser. Car toy, dis je, qui es de vile nature ne dois pas estre contre moy qui porta la figure de Dieu. Bien devroye häir ma vie se tu me menoys a celle loy que tu eusse contre moy audience.

Cy argue Sinderesis contre l’ame.

Lors la vieille hydeuse me commença a arguer en disant que se je eusse

[f. 15]

bien gardé la noblesse que Dieu m’avoit donnee quant il me forma a sa semblance, ou se au moins par penitence l’eusses reformee quant l’avoyes deformee par pechié, que la peusses bien excepter comme indigne de moy accuser, et que se je eusse ainsi fait, elle ne l’eust osé penser. Et me disoit oultre que je m’estoye toute defiguree et defaicte par divers pechez et par mes mauvais ditz, parverses oeuvres et honteuses pensees. Aussi par ma voulenté corrompue que je congnoissoie bien assez.

Et pour ce, finablement elle concluoit que je ne feusse plus si hardi de ne le craindre en riens, car elle prouveroit bien devant tous que j’estoie plus orde et vile qu’elle, car on ne lui pouoit reproucher aucun meffait. Et disoit que celle estoit laide que ce avoye je fait par mes torfais; plus de cent fois en la sepmaine l’avoye courroucee et mise en peine, et que je ne la voulu oncques croire combien qu’elle eust mis tout son temps et use a moy adviser dont je ne lui en savoye nul gré. Pour ce bien me pouoit accuser; de ce ne la devoye refuser, par quoy elle demanda sentence interlocutoire.

Cy gecte saint Michiel une sentence interlocutoire.

Adoncques ouÿ une voix crier haultement en telle maniere: Nous disons par arrest et de droit que qui veult en ceste court user du langaige de verité, c’est la coustume et le stille qu’il soit ony. Ne en icelle ne peut on excepter fors menconge, laquelle nous en getton[s] et forsclouon[s] hors.

Et lors s’escria le faulx Sathan que doncques il n’estoit pas forclos que il ne me

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s