Le Pelerinage de l’ame en prose [16]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 15v]

accuser et mes pechiez monstrer en appert, mais pour ce qu’il ne savoit pas tant d’iceulx comme la vaillant Sinderesis, je lui laissoit toute l’action et que tant seulement vouloit estre tabellion de ce qu’elle diroit et proposeroit contre moy.

BnF fr. 602 f. 12v
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Le Pelerinage de l’ame, f. 12v detail

Cy declere Sinderesis les pehcez de l’ame et Sathan les escript de mot a mot

Et lors s’assist pour escrire et puis Sinderesis commença ainsi a parler au juge: Sire, dist elle, je ne vy oncques pelerin qui tant feist ou dist ne pensast autant de maulx comme cestui. Et commença a rancontez tout ce que j’avoye fait, dit et pensé, en disant il ainsi fait, il a ainsi dit, il a ainsi pensé, en tel temps il fist ce cy, et en tel temps il fist cela. Et pour certain, je ne feiz ne ne dis ne ne pensay oncques chose si celeement qu’elle ne dist devant tous en audience. Longuement elle mist a ce dire. Aussi je mettroie trop longuement a le reciter et si seroit a ma confusion.

Mais le faulx Sathan aussi tost comme elle parloit escrivoit tout de bout en bout. Moult me pesa de son escripture et de ce que Sinderesis ainsi me blasma, mais je n’en peus faire autre chose. Je eusse lors voulentiers trouvé ung bon advocat qui eust voulentiers parlé pour moy, car je ne osoye riens dire pour la grant honte que j’avoye. Et toutesfois il me fut dit a haute voix, et cuidai que ce feust le juge, que je respondisse et deffendisse ma cause se je y clamoy aucun droit.

Cy respond l’ame aux accuseurs que Sinderesis fait contre elle.

Adoncques dis je que je crëoye assez qu’il feust ainsi qu’il avoit esté dit et prononcé par Sinderesis. Mais je suppliay au juge treshumblement que je feusse ung peu ouÿ. Sire,

[f. 16]

dis je, qui dois juger et terminer ma cause, vueilles regarder en pitié se je feiz oncques chose parquoy je doy estre ouÿ.

Je n’ay point laissé l’escharpe ne le bourdon que je prins pieça. Je n’ay pas commis les maulx que je ay fais en desprisant mon createur, mon inclinacion naturelle m’a seurprins et deceu. Tu scez bien que le sens et la pensee de l’omme sont enclins a corrupcion, comme Dieu le dit et escript ou VIIIe chappitre de Genesis. Et pose que ceste excusacion ne soit souffisante, toutesfois je adjouste ad ce que [c]e faulx tabellion qui  a nagueres escript mes maulx m’a tousjours de si pres prins que je n’ay pas eu grant loisir de choisir le bien du mal. L’une fois m’a enveloppé le mal en semblance de bien en telle maniere que je m’en suis trouvé deceu.

Et encores m’a il plus deceu, car quant je me suis voulu amander et passer par penitence, il m’a mis Paresse au devant qui m’a fait grant empeschement. Destourné m’a, que ne me confessasse, et que je yroie tout a temps et auroye assez espace. Tout ce cy m’a il brassé et en tout temps m’a esté contraire, car quant il sceu que j’ay eu aucun bon propos ou que j’ay esté esmeu a faire aucun bien il m’a donné une autre entente et occupé en autre chose pour empescher mon bon propos.

C’est celui de quoy parle Job en son XXVIe chappitre, lequel il appelle faulx mauvais ennemy, adversaire et felon. Et encores pour faire destourber n’a il pas souffert que je preisse le maillet de contriction pour asommer ceste vieille qui m’a accusé, dont il me poisé moult, mais amender ne le puis.

Et di oustre pour mon refuge que le monde qui est la bas a esté

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