Le Pelerinage de l’ame en prose [17]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 16v]

moult prest contre moy en moy monstrant ses denrees, ses vanitez, ses honneurs, esquelles choses mon corps qui pourrist en terre m’a fait prendre tant de delectacions, et aussi ay je fait par ma folie.

Ainsi quant nous estions ensemble nous avons deceu l’un l’autre. Une fois nous promettoit et riens ne nous donnoit. L’autre fois de ses biens nous abandonnoit mais tantost aprés il les nous ostoit. Il est de si mauvaise nature que, se ce n’est par Grace Dieu qui le seigneurist quant il lui plaist, nul n’y peut bonne vie mener. Si doy estre aucunement excusé se j’ay fait folie a l’instance d’autrui, laquelle je ne nye pas.

Cy parle Justice contre le pelerin

Et lors parla moult haultement Dame Justice pour moy tres grandement empescher, laquelle je ne vëoye pas mais bien l’entendi en disant ainsi a saint Michiel:

Sire juge, tu as bien ouÿ ce maleureux qui publiquement confesse tout ce que Sathan et Remors de Conscience lui avoient mis sus, et aussi ne lui pouoit il nyer. Et quant de son excusacion, je en appelle en tesmoignage Raison et Verité qui sont cy presentes et sont deux tressaiges dames qui scevent les anciennes coustumes. Je vueil parler soubz leur correction si que se le dy mal, qui leur plaise l’amender selon ce que Dieu leur a donné congnoissance des drois.

Et dy ainsi que ce pelerin ne doit point estre ouÿ en ses excusacions, car il a bien sceu par la loy Dieu le chemin qu’il devoit prendre et comme en icelui se devoit gouverner pour

[f. 17]

parvenir a la cité de Jherusalem lassus, c’est Paradis. Et quant il dit que le corps l’a deceu, ce ne lui vault riens. Car s’il se feust bien riglé et gouverné selon la loy de Dieu, il se feust bien contregardé de mal faire par amonicion d’autrui.

Et d’autre part il a bien congneues les oeuvres de ceulx qui ont tenu la loy de Dieu et sont alez par le droit chemin. Car il scet que plusieurs d’iceulx pour ce faire ont esté martirez en moult de guises tant que langue ne le pouroit dire ne oreille escouter.

Celui savoit bien dur a qui le cuer n’en fremiroit et qui n’en auroit grant hideur. Et les autres ont asservi leurs corps en desers hermitaiges et religions diverses ou ilz ont soustenu tant d’afflictions et de peines, car qui les orroit raconter il se devroit peu priser. Ne a il pas veu les escrips et enseingnemens par lesquelz il pouoit congnoistre comme on pouoit faire servir et obeïr le corps a l’ame.

Et aussi par iceulx il a peu vëoir et considerer qu’ilz faisoient ce qu’ilz devoient. Ainsi eust il fait s’il eust voulu, mais il a esté pareceux de ce faire et a tellement deporté son corps et le servi a sa voulenté qu’il a fait maistriser et seigneurir combien qu’il deust avoir servi. Quelle excusacion peut avoir creature humaine qui ainsi se demaine? Point n’en aura par Grace Dieu, car c’est celle qui la armé, aprins et endoctriné comme il se devoit contenir contre tous ses ennemis

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