Le Pelerinage de l’ame en prose [19]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 18v]

n’es bien fol, tu peuz bien sentir la continuelle bataille en quoy tu es, en laquelle tu te laisses superditer, vaincre et abatre a ce but que tu devroies vaincre; et en telle paresse tu tiens que ne daignes demander aide pour toy lever sus. De premiere face ung homme est d’assez grant prouesse et est aucunesfois abatu a l’assault d’une bataille, mais s’il se laisse ainsi gesir sans metre peine de remonter, c’est deshonneur pour lui.

Beaulx amis, Vieillesse te tient, et pour ce Jeunesce ne te pense pas. Si est temps que tu faces ce que tu as promis afin que tu ne chees en confusion. J’ay longuement attendu que tu amandasses ton mesfait; temps est que tu l’amendes par pure penitence. Autre amende je ne requier. Choisir a quel port tu veulx arriver, ou de salut ou de perdicion, car la mort a ja mis en coche sa vue pour faire finer tes jours. Et aussi tost qu’elle t’aura feru n’y vauldra medicine.

Or pense bien a cecy et aussi que tu n’as aucun qui te deffende de l’espee esbrandie sur toy. Considere que tu es tout nu de bien et que ton offense est toute congneue. Pieça te ay je intimé ces choses, mais tu n’en as tenu compte, et m’est advis encores se me semble bien admué d’oster* a la lune de penitence le rueil de ton ame.

Aucuneffois que l’oisel chante sur la branche, il est tost feru d’une saiëtte ou enveloppé d’une rais. Et te ay je dit que la mort te guette de bien prés et si penses

[f. 19]

ainsi pou de toy. Helas, et que diras tu devant le grant juge au jour du Jugement? Tu as trop tardé a choisir la bonne voy, aussi comme se tu ne voulsisses pas par elle aler. Si est mestier que tu monstres a ton medicin ton mehaing et que de celui tu lui dies la cause. Et adoncques quant tu te seras soubzmis a sa cure et que tu auras fait diëtte par son conseil, lors seras tu refait, refiguré et asseuré. Et quant ton corps sera mis en sepulcre tu en seras beneuré.

Et quant Justice ot ainsi parlé et leu la teneur d’icelles lettres, elle converti sa parole a saint Michiel en disant en telle maniere:

Cy parle Justice a saint Michel

Or voy tu, sire prevost, comment Grace Dieu fist grant honneur a ce pelerin et comme elle lui monstra grant semblant d’amour quant elle l’advisa et endoctrina en telle guise, si que pour voir ja ne sera excusé de mon plaisir et encores a plus grant confusion de lui.

Vray est qu’il avoit veu, leu et sceu comme il se devoit gouverner et comme il devoit cheminer par le chemin destre et eschever le senestre et tenir le moyen sans tourner ça ne la. Mais combien qu’il ait eu telle congnoissance, si n’en a il riens fait et a perdu son sens combien qu’il n’ait point couru grans infortunes en son temps.

Que eust il fait s’il eust esté du temps de la persecucion de Neron? Maxime? Donicien? Dioclecian? Anthoine? Julian l’apostat? Et des tirans qui pour tors estoient et tuoient les pelerins. Je croy que s’il eust trouvé Arcien** qu’il eust tost

* The reading in BnF fr. 602, f. 15 makes more sense: “et m’est advis que encore ne es tu pas, se semble bien animé de oster […]”

** Not sure to whom this name refers. In BnF fr. 602, written as Arien.

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