Le Pelerinage de l’ame en prose [20]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 19v]

mis jus son escharpe et son bourdon rompu. Ainsi ne se peut de riens excuser.

Et quant a ce qu’il dit que Sathan l’a deceu et esmeu a faire mal retrait et empesché a faire penitence, il lui vaulsist meulx s’en taire. Car s’il eust esté bien armé, il se feust bien gardé de lui. Car comme dit saint Jerome, il est si foible qu’il ne vaint point fors que celui qui veult estre vaincu. Ainsi n’a eu nulle force contre celui qui lui garde le pas. Nust n’est vaincu par lui qui a lui ne se consent. Pareillement est il du monde. Il y est en peril, mais qui lui clost la porte, il n’a point de force contre lui. Mais cestui cy lui a laissé ouverte et c’est du tout abandonné a lui, et en tout temps a huis ouvert la receu a joye, toutesfois qui lui a pleu a y venir, et mesmement et plusieurs fois est venu a grant course a le querir. Et par ce dois rendre tu sentence contre lui selon le dictement de Raison et Verité qui cy sont.

Cy parle Raison contre le pelerin.

Adoncques j’entendi Raison au parler en disant qu’elle ne contredisoit a ce que Justice avoit dit et que Dieu voirement avoit bien monstré au pelerin son chemin, comme son propre corps estoit son ennemi, par laquelle maniere il le decevoit et comme il s’en devoit deffendre; et comme il pourroit eschever et rompre les laz de Sathan et de la vanité du monde. Desquelz il s’est petitement gardé, ains leur a ouvert sa closture. C’est assavoir ces cinq sens postez qui sont ces cinq sens naturelz.

[f. 20]

Sy ne voy en riens qu’il n’ait tort. Et lors Verité commença a confermer les diz de Raison en disant qu’ilz estoient justes et bons et qu’il ne doit avoir aucune excusacion. Car se il se fust exposé a bien soy vivre et laver en sa lessive Dame Penitence, je ne deisse mie qu’il n’eust aucune excusacion et respit. Mais s’il [s]’est lavé aucuneffois en icelle, se a esté peu et povrement en propos de rencheoir sans contriction ou a peu de devocion sans faire ses penitences enjointes et soi retraire de mal faire, celle penitence n’est mie bonne. Si doit estre pugni, ce m’est advis.

Cy parle Sathan contre le pelerin.

Adoncques s’escria le faulx Sathan en parlant ainsi au juge. Or avant Michiel, tu ne peus plus dissimuler que par droit jugement ne me livres ce pelerin. Longuement as attendu a ce faire. Delivre moy et le me rens pour le mener en tourment pardurable.

Lors je fuz tout pasmé et transi de la paour que je euz, ne ne pouoye ne savoye dire mot.

BnF fr. 602 f. 16
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Le Pelerinage de l’ame en prose, f. 16 detail

La comme je croy estoit prest de sentencier le juge et dire par arrest ma dampnacion, quant la doulce Dame de Misericorde print pour moy la parole et audience dist ainsi au juge.

Cy parle Misericorde pour le pelerin

Sire Michiel, j’ay bien ouÿ parler Justice, Raison et Verité, et aussi tu les as moult bien escoutees. Si te prie que je soye ouÿe pour la partie de ce povre pelerin. Car se ainsi ne faisoie, je ne seroie pas bien dicte Misericorde que sans touldre adoulcis et fais benigne la ligne de Justice. Tu scez bien qu’il n’est pelerin en

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s