Le Pelerinage de l’ame en prose [22]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 21v]

clos estoit que aucun pour quelque bien qu’il fist n’estoit qui y entrast; ne il n’a pas mort soufferte pour sauver les pecheurs se a leur pouoir n’ont laissé leur erreur. Folement il auroit ce fait se il s’estoit livré a mort pour ceulx qui ne lui en sauroient gré, qui riens ne feroient pour lui, ne qui ne se vouldroient amender.

Sa mort vault a ceulx qui retournent de leurs pechiez et s’amendent, et encores est ce par Dame Misericorde et contre moy la loy a laquelle dame fault aucunesfois que je m’y accorde. Et pour ce voulx je que icellui sauveur Jhesucrist en souffrist peine.

C’estoit grant chose et bien merveilleuse de sauver ceulx qui avoient tant mesprins devers lui. Et tout ainsi est il de sa doulce mere, car le pecheur ne lui est point agreäble, mais tous ceulx qui sont de telle condicion, elle en a abhominacion et en desdaing excepté ceulx qui ont ferme propos d’eulx amender et de laisser leur erreur.

Car comme dit saint Augustin, il affiert bien a la devocion de tout crestien qu’en celebrant le memoire de la Passion du Crucifilz chacun crucifie en soy sa voulenté charnelle. Et ne seroit pas a droit le jeu party se celui qui feroit mal estoit ainsi amy de la doulce dame comme celui qui se garderoit de pechier et se vouldroit retourner de mal et amander.

Si dy que combien que Misericorde ait dit de piteuses choses, toutesfois elle n’a pas dit oultreement comme elle entend

[f. 22]

ses parolles. Il n’est point de doubte que Dieu et sa vierge de mere n’ont cure du pecheur qui ne s’amende et qui ne veult faire penitence de ses pechiez et que [c]e pelerin ait ainsi fait je n’en sçay riens mais nye.

Cy replique Misericorde contre Justice pour le pelerin.

Adoncques respondy Misericorde contre Justice* disant ainsi au juge: Sire Michiel, tu as bien sceu par le parler Dame Justice qu’elle [s]’est aucunesfois sans vice a moy accordee, et encores croy je que sans lui faire tort, j’aurai accord a elle.

Ce pelerin de quoy nous plaidon[s] a esté de religion et si mist jadis affin qu’il servist Jhesucrist. Et est vraysemblable qu’il n’eust pas ainsi fait s’il n’eust eu vouloir de soy amander et cesser des pechez dont il estoit  entenché.

En l’entree d’icelle il trouva penitence qui lui fut livree pour estre sa l[a]vandiere, affin qu’il ne se souëillast en pechié et si se souëilloit, qu’il fust tantost lavé par elle.

Cestui pellerin n’a receu en soy a essient aucune ordure, et pose qu’il ait aucunesfois passee l’eure de soy laver, toutesfois aprés il l’amendoit en prenant plus forte lexive que par avant pour l’amour de Jhesucrist. Et pour ce ne dye mie Justice qu’elle n’en scet riens, car sauvé sa reverence, elle a esté tousjours ad ce presente.

Cy duplique Justice contre Misericorde.

Adoncques respondi Dame Justice: Supposé, dist elle, qu’il feust ainsi comme dit Dame Misericorde. Si dy je que peu vault penitence quant elle est faicte en propos de rencheoir. Et quant tousjours on fait ainsi, il ne pert chose qu’il soit faicte, car tantost tout est deffait. Cy ressemble le tour de la roc, qui par derriere se gette hors de la boe et par devant si met arriere

* The scribe has accidentally written le pelerin instead of Misericorde here

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