Le Pelerinage de l’ame en prose [24]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 23v]

que autresfois les avoye ouÿ parler de mon dampnement et pour ce faire venoient ilz la s’ilz ne vëoient le contraire par le poix de la balance ou je n’avoye pas fiance, pour ce que n’y avoye que mettre fors mon escharpe et bourdon, qui estoit peu de chose comme j’apparceu bien aprés. Toutesfois en icelle balance les mis, et l’ennemi d’autrepart getta tout ce de quoy me avoit accusé Remors de Conscience, laquelle se mist encores par dessus pour agraver le poix, lequel fut si grant que tantost le bacun baissa jus si qu’il me sembla que en l’autre bacun n’y eust rien.

Cy parle Sathan en demandant judement du pelerin.

Adonques s’escria Sathan haultement. Avant, dist il, dames de l’eschauffault, vous veez bien comme il en va. Faittes tost que le prevost rende son arrest, car j’ay ycy trop demouré sans cause.

En ce point, je ouÿ Misericorde supplier au prevost qu’il attendist jusques ad ce que saint Benoist mist en sa balance ses escrips, et qu’elle avoit grant fiance es choses qu’il mettroit dedens comme jausnes, oroisons, afflictions ou autres choses valables pour moy faire avoir allegence. Et encores oultre, elle pria au juge saint Michiel que ung peu d’espace la voulsist attendre pour ce qu’elle aloit ou ciel pour impetrer grace, qui n’estoit riens ou prejudice dudit juge.

En ce point fut suspendu le jugement lequel on attendoit a faire jusques a ce que Misericorde, qui du ciel estoit nouvellement venue, monta en hault en l’eschauffault, la mamelle hors de son sain, tenant ung escrin en sa main, le chief enclin vers la balance que Justice tenoit en

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sa main en pesant mes fais. Et lors demanda a Dame Justice comme il aloit du fait du pelerin, laquelle lui respondi ainsi: Se par toy, Dame Misericorde, dist elle, n’eust esté empesché le procés d’icelui pelerin, pïeça il eust esté jugé. Tu le peuz bien vëoir a la balance en laquelle n’a riens qui lui face allegence. Cecy nous avons pïeça dit, Raison, Verité et moy.

BnF fr. 602 f. 19.jpg
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Le Pelerinage de l’ame en prose, f. 19 detail

Ce temps pendant arriva Benoist, qui monta en hault tenant des grans cedules, disant ainsi: Ycy pouez vëoir tout ce que vous avez demandé. En une de ces cedules sont contenus ces biens et en l’autre ces maulx du pelerin qui porte mon abit. Lëans pouez vëoir son fait. Je m’en acquitte devers vous.

Adoncques Verité, Justice et Raison prindrent lesdittes cedules et les leurent premierement en leur secret. Riens ne savoye de ce qui lui avoit escript, mais tantost je apparceu que Justice prisoit peu la chose. Toutesfois elle mist les cedules en la balance, l’une a destre, l’autre a senestre. De la dextre s’avala ung peu, mais la senestre tantost plus. Et se ce n’eust esté Misericorde trop petit y eust eu pour moy. Mais elle ouvri son escrin en disant qu’elle venoit de devant Jhesucrist, sa mere Marie et toute la court celestielle, en laquelle court grace estoit donnee au pelerin, laquelle elle print a lire et en bailler la coppie s’aucun le vouloit avoir.

Adoncques tira hors de son escrin unes lettres scellees du seel d’or, desquelles la teneur s’ensuit:

Jhesus le hault Seigneur du ciel a Michel

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