Le Pelerinage de l’ame en prose [25]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 24v]

nostre lieutenant et ses coassistans pour jugier, Salut et diligence pour faire notre commandement. A la requeste de Misericorde qui moult m’a prié et supplié, et aussi a la priere de Marie ma mere qui a sa voulenté est tres encliné et que de par elle a grant instance m’a prié que pour les chetifz pelerins entreprennent venir a moy face grace especiale oultre la generalle que jadis pour eulx feiz, vous signifie que je leur fais la grace qui s’ensuit.

Quant j’espandi mon sang jadis pour racheter ceulx qui vouldroient retourner a moy par penitence, je leur feiz grant grace, et auroient fol cuider ceulx qui penseroient a leurs cuers que par ma mort je sauvasse ceulx qui ne mettroient nul effort a eulx garder de pechié et qui ne s’aideroient pour eulx sauver, car mon entencion ne fut oncques telle.

Ains est a telz gens deu enfer a tousjours il ne souffist pas de porter le nom de chrestien ne avoir le bourdon ne l’escharpe dessus declairez qui ne fait oultre son devoir d’acomplir tous mes commandemens et qui ne met aussi peine de faire a son pouoir comme j’ay fait. Toutesfois pour la priere de ma chere mere Marie et aussi pour l’amour de Misericorde, j’acorde que de grace especial que ceulx soient rachetez d’enfer qui auront en la fin dit leur confession en deue contriction en moy requerant humblement mercy. Et combien que en la balance les pechiez poisent plus que les bienfais, afin que le trait retourne du tresor de ma passion et des merites de ma mere et de tous les sains, j’ay baillé a Misericorde largement et a souffisance en ung escrin qu’elle le mette avecques les bienfaiz en la balance. Et lors vous jugerez lequel

[f. 25]

fais plus pesera et lequel des deux l’emportera. Je ne vueil pas toutesvoyes pour ceste moye present grace que on ne face condigne satisfacion de toute la malefacon qui aura esté trouvee et pesee en la balance, car par droit pechez doivent estre bien corrigez et pugnis. Nulz devers moy ne doit venir qu’il ne soit du tout bien purgé. J’ai establi ung purgatoire ou chacun est ainsi purgé, excepte ceulx qui sont purgez. Ceulx aussi qui mestier n’en ont et les condempnez en enfer qui ont en leur pelerinaige erré par mauvais chemins et ce sont constituez a demourer en mortelz pechez obstinez et comme desesperez ont finé leur vie sans  repentance.

A telles gens n’est point donnee grace pour ce qu’ilz l’ont refusee. Grant grace leur avoit fait je n’en puis, mais ne a moy n’a pas tenu se de celle ilz se sont retrais.

Cy parle Justice a Misericorde.

Ces lettres veues, Misericorde dit qu’il convenoit que ces lettres feussent publiees et en ce point regarda Justice Dame Misericorde en disant qu’il avoit bien labouré pour aucuns mais pour ce present pelerin elle n’avoit riens impetré comme il lui sembloit.

Cy parle Verité, Raison et Justice.

Et lors, Raison et Verité dirent a Dame Justice que tout ce qu’il en vouldra dire soit tenu sans contredit, car la chose lui appartient et aussi le mandement s’adresse a lui. En ce point s’en retournerent vers saint Michiel pour lui compter le fait.

Cy sont Raison, Justice, Verité et Misericorde devant saint Michiel et parle Justice

Devant lequel print la parolle Dame Justice, disant ainsi: Sire prevost, veez cy Misericorde qui fait

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