Le Pelerinage de l’ame en prose [31]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 30v]

BnF fr. 602 f. 24v
Paris, Bibliothèque nationale de France, fr. 602, Le Pelerinage de l’ame en prose, f. 24v detail

-gnement de ce qu’il m’avoit dit. Cornes, ongles, dens y avoit, et moult d’ordure dont je me tais, de quoy se j’eusse esté en appert troussé aussi lait ou plus eusse je esté comme tel que devant moy vëoye. Lors cryé mercy a mon bon ange en lui priant que je reliasse mon fardel et recongnoissoit que parlé avoye folement et que pas ne me congnoissoie, si est grant dommage et folie a qui est pelerin ou monde mortel quant chacun jour ne se veult regarder et mirer en bon mirouer. Car qui ainsi le feroit, il ne pourroit que ces faultes verroit, qu’il n’en devenist meilleur ou qu’il notast et deffaçast ses laides taches.

Tu dis voir, dist mon bon angle, mais il me souvient que ou temps passé riens n’en feïz. Car quant la merciere te monstra le bon mirouer et tu regardas ta laidure, tu le regettas tantost ou panier, il m’en souvient bien, et pour le present je me tiens a chetif.

Cy demonstre l’ange au pelerin comme il est tenu du Dieu mercier

Or ne l’oublie plus, et regardes comment tu es tenu a mercier Dieu ton createur qui de sa grace t’a fait lyer en ung fardel toutes tes ordures et viltez pour les ardoir, tout autrement que celle gent chetive qui s’en vont les ambles en Enfer.

Or m’en revien a mon propos. Aprés ce que nous eusmes ainsi parlé ensemble, je vy ces sathanas ces doulou-

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reuses creatures chasser et mener. La fut la chante pleuré, car les sathanas s’en aloient chantant et les chetifs pleuroient; a vëoir estoit grant horreur. Riens n’y avoit plaisant en telle maniere se departirent. Toutesfois ung des sathanas qui regardoit tousjours que je feroye et quel chemin je prendroie bien avoit ouÿ ma sentence, dont il avoit le cuer marry.

Tant attendi que je fus troussé de mon malestru fardel comme il estoit ordonné et que je euz prins mon escharpe et mon bourdon et que mon bon gardien me dist:

Alons, il faut que je te maine tout droit en Purgatoire. Pour toy ay eu assez de peine car tu as peu creu et obeÿ a moy. Encores fault il que je en aye et que je soye pour toy retardé de retourner ou ciel avecques mon maistre saint Michiel, qui de moy et des gardiens est aprés Dieu prince. Et lors s’avanca Sathan qui dist que sans lui n’yroit il mie. Adoncques me vint costoier comme il avoit fait devant. Au feu m’en aloye dolent que je vëoye devant moy flamboyant, et toutesfois me sembloit tres apparant si que dedans lui vëoye plusieurs autres pelerins aussi comme par une toye qui souffroient grans tourmens en ce feu ardent et embrasé.

Las je fu mis et mon troussel, dont je ne fus pas joyeux.

Cy parle le pelerin de l’angoisse qu’il seuffre en Purgatoire

Doulx Dieu Jhesus! Qui penseroit ne qui croiroit les peines que je y souffri et que je y vy

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