Le Pelerinage de l’ame en prose [32]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 31v]

souffrir aux autres dire ne le sauroit langue ne escrivain escrire, et nul ne le pourroit ouïr qui le creust s’il ne l’avoit essayé comme je fis laz. Je fus las et rosti de toutes pars. Et ne cuide nul homme mortel que ce feu soit tel comme celui de terre, car [c]e n’est que feu paint au regart* de celui la qui bien auroit sentu l’un et l’autre. Je fus illec se me semble plus de mil ans en ardant, mon fardel et moy. Grant yre me monstroit Sathan, mais il ne me pouoit pas nuir a son vouloir, dont lui desplaisoit moult selon le semblant qu’il me monstroit. Aussi je n’en avoye mestier car je sentoye moult de peine. Mon bon ange me gardoit de lui et me confortoit souvent en soy tenant pres de moy, et me disoit comme il se faisoit mal desvoyer du sentier et de la voye que Dieu monstra pieça pour les pelerins en la vieille loy et en la nouvelle.** Et pour ce, dit il, que tu as meserré es tu tourmenté maintenant. Se as tu bien desservi et plus encores. Si la Dieu mercy ne t’eust deporté, si ne te doy pas desconforter. Car quant tu seras purgé et nettoyé de ton fardel et que tout sera oultreement ars, finablement tu auras delivrance desiree, dont le demerur m’est grant. Car pour toi garder ay longuement sejourné; moult voulentiers m’en alassé et t’en menassé avecques moy se tu eusses fait, et autre chose je n’attens.

Cy demande le pelerin a son ange se le feu de Purgatoire lui fait mal.

Et lors je lui demanday comment il pouoit durer

[f. 32]

en tel feu sans ardre, et s’il y sentoit nulle peine qui si pres de moy se tenoit.

Cy respond l’angle a la demande du pelerin.

Adoncques il me respondi que le maistre qui fist se feu le fist seulement actif ou ceulx qui de pechez sont corrompus. Et pour ce que en moy n’a taché de pechié, ce feu ne me fait nul mal. Se oncques pechié n’eust esté peine ne feust mie ne autre aussi. Ung innocent passer pourroit et y aller par tout ce feu que ja peine ne sentiroit.

Et mesmes s’il entroit dedans Enfer, tourment n’y auroit ne peine ja soit ce qu’il y feust longuement. Peine n’as qu[e] avecques pechié et est de lui seul causee; et pour ce que je n’ay point de pechié, ne suis je point en feu.

Nul ennuy n’ay que de toy qui m’as esté commis. Et toutesfois joye ay plus grant que dire ne te pourroie de ce que je voy tousjours la joyeuse face de mon Dieu, laquelle joye me croistra quant de la je t’aurai mené.

Cy demande le pelerin a l’ange*** quant il sera delivré.

Haa, Dieu, dis je a l’ange, verray je ja le jour et l’eure que ce sera?

Cy respond l’ange a la demande du pelerin

Oÿ, dist il, mais tu verras avant moult de choses que n’as pas congneues ou temps passé, ne veues ne aprinses. Il fault avant que Saincte Eglise envoie la Dame de la Terriere dont je t’ai parlé cy devant, et qu’elle parte du ciel pour toy pour aller a Dieu parler, et que ta grace te rapporte, que les freres aussi de ta religion et aussi tes parens et amis par donner et aumosne

au regart repeated

** That is, the Old and New Testaments

*** The scribe has written ame instead of ange

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