Le Pelerinage de l’ame en prose [35]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 34v]

merci a Dieu. Et lors ilz verserent l’oingnement sur nous. Plus doulx que piment qui nous refrechy tous et algea nostre misere, nostre veue qui estoit troublee en feu enluminee; moult de fois nous advint ainsi, tant que grandement apparceu que mon tourment a soulageoit et aussi que mon fardel appetissoit.

Aprés, chacun d’iceulx angelz qui avoient boiste de grace especial oultre la general s’en vint a son pelerin; et a tout une s’en vint a moy mon bon ange disant ainsi: Or voy je comment tu as eu bons amis. Aucuns de tes parens et amis ont fait leur devoir vers toy, car ilz ont impetré ceste boiste pour toy secourir en tes tourmens. Bon gré leur en dois savoir. Et ce disant il ouvri la boiste et espandi l’oingnement sur moy et ou feu tout autour, lequel me fist tel bien que je ne senti oncques si grant comme il me sembla. Et de ce il advint que tous les autres pecheurs s’en vindrent vers moy en moy merciant et aussi mes amis pour le bien que l’oingnement qui estoit cheu ou feu leur avoit fait.

Cy parle le pelerin a son ange

Comment, diz je lors a mon bon ange, c’est moult estrange chose que l’oingnement de ma boiste especial prouffitast a la generalité de tous ces pelerins.

Cy respond l’ange a son pelerin

Lors il me respondit que telz biens ne sont mie comme les temporelz, car qui fait bien ycy en droit il le fait a toute l’assemblee. Tu le sauras bien ycy aprés, car tu partiras a leurs bienfais toutes les fois qu’ilz

[f. 35]

en auront. Et pour ce quant tu en auras, tu les devras mercier, car charité est commune a tous, comme la chandelle alumee laquelle esclere a celui pour qui on la porte et a tous ceulx qui lui tiennent compaignie. Et toutesfois celui pour qui elle a esté allumee n’en a pas moins.

Ainsi est il de tous les bienfais cy en droit pour ung que tous y ont leur part. Ainsi se demaine charité. Tres bien me agira celle response, car je apparceu qu’elle estoit vraye. Mais toutesfois quant grace especiale ou generale la verroient Sathan et sa mesgnee, en estoient desnez et s’enfuioient en ung coing de feu rechigner et marmuroient si hault que le son on aloit par tout le lieu. Et la entendi Sathan parlant a ses compaignons en ceste maniere:

Compains, riens ne faisons ycy, car ceste volant messagiere Dame Priere y fait trop de biens, et aussi [c]es gardiens la ne laisseroient jamais mesfaire a elles. Partons d’ycy et alons prendre vengence des nostres sur lesquelz celle messagiere riens ne peut. Et puis nous pourrons cy revenir pour vëoir se nous trouverons riens a gaigner au derrenier.

Cy fait question le pelerin a son angle.

Adoncques fuz moult esbahy du rechignement de icelui Sathan, qui estoit si lait, il sembloit qu’il ne lui souffisist point du mal que nous eussions. Si demandé a mon gardian se on lui avoit riens donné pour ce faire ou s’il y pensoit a avoir quelque gaigne et aussi s’il estoit dedans le feu sans ardoir.

Cy respond l’angle a son pelerin

Ad ce respond mon dit gardien que tout

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