Le Pelerinage de l’ame en prose [42]

[Chantilly, Musée Condé, ms.140, f. 41v]

obscurté quant je m’acompaigne a toy, et puis dire a certes que je n’ay nulle obscurté fors de toy et de tes fumees.

Cy respond le corps a l’ame du pelerin

Je puis, dist il, bien respondre comme le passif a l’actif. Je ressemble a la buche que est ou feu, mes humeurs ne puis mucés en tel lieu qu’il ne face saillir toutes hors de mon gré. Je ne les met pas hors, mais vueille ou non, il m’en fault faire ta voulenté pour ce que a toy est l’action et je suis sans plus la matiere de laquelle, se tu demens obnubile et impur, c’est par toy qui l’as procuré.

Baillé te fu a gouverner et doctriner; tant que as voulu as esté maistre. Et se j’ay entendu voulentier au pays dont je venoye et a la terre dont je estoie et aussi tendu a corrupcion mondaine, pour quoy seuffre cy peine et en ay Purgatoire comme il plaist a Dieu mon createur.

Toy qui estoies noble oeuvre de Dieu et de hault lieu, tu deusses estre tenu a lui dont tu estoies venue, et moy avoir attrait a toy en gouvernant selon la loy que baillee te avoit esté pour moy de raison gouverner. Mais tout autrement tu as fait, et ne as mie tant seulement consentu a ma voulenté, mais souvent ay esté esmeu par toy a plusieurs pechiez que toy mesmes m’as enseigné a faire cauteleuses choses dont je n’avoye talent au par avant. Et se proprement je parloye sur tous mes malfais, car je n’ay riens malfait que par toy, ou au moins par ton octroy, oncques je ne feiz ne ne peuz faire advis. Se en moy a eu bien ou mal, tout vient de toy et riens de moy.

Quant tu me appellas puant, tu deusses bien

[f. 42]

avoir regarde dont la puantise me vient, se bien t’avises. Tu trouveras quonques pueur ne fut trouvee en l’umignon ne en cire se la chandelle de ce faire n’a esté eslumee. Bien est vray que quant la lumiere est soufflee et qu’il fault que la chandelle fume, la fumee en put si que se une jument prains sentoit celle pueur incontinant advorteroit, comme dit Aristote. Si te demande dont vient celle pueur, car tu ne peuz dire qu’elle soit ou l’umignon ne en la cire.

Cy respont l’ame du pelerin au corps

Lors dis je que selon mon entencion, celle pueur yssoit de la corrupcion que le feu avoit fait et la chandelle quant il en estoit parti par violance ou autrement, de laquelle il yssoit fumee et vapeur qui estoient les pleurs et les lermes de la chandelle de la mesprison que le feu lui avoit fait. Et me semble que la pueur se monstre greigneur de tant comme ce qui est corrompu sera de plus noble matiere, sicomme on peut vëoir assez en la chandelle de cire estainte qui empire plus l’air que la pueur de sa fumee que de suif, qui n’est pas si noble.

Cy respond le corps au pelerin

Ta response, dist il, souffist assez a mon propos. Car ce qui est corrompu sent seulement puant, et le l’umignon et la cire sont seulement corrompus par le feu qui y a esté et qui a l’issir hors engendre la pueur. Mal a point m’as argué de pueur et m’as appellé puant, car tu as esté en moy comme le feu, comme je t’ay cy devant dit; et se tu m’as corrompu et ars et depuis tu t’en es alé. Je suis puant devenu.

Tu dois estre

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