Le Pelerinage de l’ame en prose [43]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 42v]

plus argué de ma punaisie que moy, et me doy a mon cuider mieulx plaindre de toy que toy de moy. Et se signifie assez que ce que tu as sentu, le pueur que j’ay [est qui s]e* plaint de ce que tu m’as corrompu. S’aucuneffois ou temps passé ay esté paré de ta presence comme le feu fait la chandelle, que toutes les fois qu’elle tire hors toute sa bonté se n’estoit que farderie, car je n’estoie mie dedens tel comme par dehors me monstroies. Tu fussoyes ma movelle et bien le sçay** que je ne puisse point se ne feust ton seul pechié qui seulement ainsi sent en moy.

Et encores oultre te dis que mains corps gisoient en ceste place en leur sepulture sans pourriture, pour ce que en leur temps recevrent discipline et se garderent de pechié. A bonne escole furent et aprindrent bien soubz bon maistre.

Se tu me eusses ainsi court tenu, je ne feusse pas par aventure ainsi corrompu comme je suis, et ainsi par toy suis puant et pourry.

Cy argue l’ame contre le corps

Lors lui dis je que celui qui est boutté en ung sac bien lyé n’a pas la maistrise de celui qui est dedens enclos. Or sçez tu bien que tu me souloies tenir enclos et me gardoies chierement affin que je n’en ysse point, et que je feisse ne mon vouloir. J’ay esté ainsi empesché par toy et pour ce je peuz dire que tu es la cause de mon pechié.

Cy respond le corps a l’ame du pelerin

Certes tu argues nicement, car ce que tu dis est trop mieulx a mon propos que au tien. Que celui qui est enclos

[f. 43]

en ung sac a trop plus grant pouoir que le sac n’a, qui est demené comme le vent mesmement quant est grant et large; et que celui qui dedans lui est, le sac ne le pourroit mouvoir se celui qui est dedans ne le mouvoit. Or n’ay je esté que le sac de toy, ainsi tu m’as demené a ton vouloir. En moy estoies largement et sy y avoies tes plaisirs tellement que ja n’en voulsisses partir ne souffrir que je feusse deslié.

Cy parle le bon ange a l’ame du pelerin et au corps.

Adoncques mon bon angle print la parolle; Qu’est ce? dist il. Aurez vous huy riote? Il feust bien temps que la discencion d’entre vous deux cessast, car [c]e n’est pas fait salutaire de ainsi noiser. Tencerie doit estre entre ceulx qui sont a perdicion livrez en Enfer, mais vous qui estes presdestinez et ordonnez a estre sauvez et qui serez rëunis et rejoins ensemble comme amis devez estre d’un accord, car ainsi vueil je que vous departelz l’un de l’autre.

Cy s’encline le corps a terre et l’ame le commande a Dieu.

Lors mon corps*** s’enclina et ne parla oncques puis mot, et aussi ne lui dis je plus riens fors que seulement: Adieu amy, amy adieu. Vueilles que aprés je te revoye en la joye de Paradis. Tantost mon bon ange me mena en terre en aparfondissant par le chemin de devant et ne demoura gueres que senti une punaisie que aprés que le cuer ne me parti. Si me dist mon gardien que celle pueur yssoit d’Enfer, lequel il me vouloit monstrer.

A la pueur, dist il, peuz tu esprouver que

 

* The reading given here by Chantilly ms 140, quelle, doesn’t make sense. I’ve corrected it from BnF fr. 602 (which is, sadly, all of out illuminations for us).

** Omitted et

*** Substituted BnF fr. 602 mon corps for Chantilly ms. 140’s mors

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