Le Pelerinage de l’ame en prose [45]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 44v]

tu le peusses avoir.

Cy parle Lucifer a Convoitise

Lors, dit il, je vouldroie bien avoir la grant joye que par toy ay perdue, par telle condicion que se je avoye char humaine, la plus passible qui fut oncques, et qu’il creust ung pillier de fer ardant de cy jusques au ciel et qu’il feust plain de rasouers bien tranchans et avecques toutes les peines que j’ay et auray jusques au jour du Jugement, je feusse traynné tout parmy ces rasouers. Et par ce souffrir je feusse certain de retourner au lieu ou jamais ne puis aller.

Cy parlent plusieurs dëables a Lucifer

Adoncques plusieurs des sathanas d’Enfer dirent a Lucifer que vray avoit il dit, mais toutesfois jamais n’yroit au lieu dont il estoit tresbuché. Par orgueil et par toy tous sommes dampnez! Et lors s’aproucherent de lui en lui donnant de grans buffes et disoient que bien estoient meschans quant de riens l’avoient creu, et en criant fy de lui et de sa maistrise.

Cy tourmentent les dëables Lucifer et Convoitise

Aprés iceulx sathanas se prindrent a la vieille Convoitise et la gettoient jus et fouloient aux piez et la commencerent a pesteler en disant ainsi: Dame vieille, trop avez eu la pensé grant. Bien est droit qu’elle soit aplatie soubz noz piez. Et ainsi comme ilz la defouloient, Lucifer se traynna et se coula vers elle et se assist dessus sa teste en disant que doresenavant ne vouloit avoir autre chaire et que son plaisir estoit de la tenir subjecte comme aussi elle tenoit enchaynné.

Et lors commanda aux dessusdiz sathanas qu’ilz soufflassent fort sur elle et que bien lui souvenoit du dom-

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-mage qu’elle lui avoit fait. Et je entraynne aussi, dist il, avecques elle ces cornus que vous vëez la, et ses pensus qui ont le ventre plain de vent, et les foulez dedans se feu. Tost fut fait son commandement, car sans arrest toutes celles gens furent mis soubz le pié. La en congnu je aucuns que aucunesfois avoye veu en autre estat. La vy je trois dont plus me fu esbahy que des autres, car au monde a mon advis s’estoient portez humblement et doulcement. Si demanday a mon ange la cause pour quoy la estoient.

Cy respond l’angle a une question que lui a fait le pelerin

Ceulx la, dist il, et mains autres ont esté ypocrites et fains religieux et avoient la pel d’aignel mais dedens estoient loups orgueilleux et fiers de cuer et dehors estoient humbles. Ilz le faisoient pour le monde afin qu’ilz feussent renommez preudommes. Tu vys bien au monde qu’ilz estoient par dehors humbles; or voy tu maintenant ce que dedans estoit et verras tost leurs tourmens.

Lors ensemble tres lourdement furent prins et frappez en feu, foullez, pestillez, tempestez, furent demarchez comme in archepiez, ne nul ne passast par la qu’il ne les foulast a deux piez.

Aprés je vy maintes justices haultes et longues faictes selon divers pechez, esquelles estoient pendus plusieurs maleureux au dessoubz desquelz avoit feu qui les ardoit de toutes pars.

Les aucuns estoient si maigres et mal nourris que les os

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