Le Pelerinage de l’ame en prose [47]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 46v]

ay je saché tes des deux langues par ta gorge et atachees aux gibets des autres trahistres maleureux qui ycy pendront pardurablement sans fin.

Aprés je vy deux esperis tous en estant dedans le feu ardant qui estoient tous deux navrez et tenoient deux cousteaulx en leurs mains. Ung hideux chant leverent dont j’ay cy escript la teneur en la maniere qui s’ensuit:

De mal heure fuz tu nee, Trahison, fille d’Envie. Trop as esté longuement en vie.

Bonne chançon ne peut estre dicte de toy ne de ta mere, que les maulx d’autrui as veu voulentiers, mais oncques voulentiers bien ne vis, ainçois mourroit avant que bien vëist, nul bien n’a en son demainie. La paille ayme et het le grain, en son estoille n’a point de noël, bien est droit que la mauldissons et soir et main. Pour tout desconsire a fait son seigneur Sathan avecques lequel elle a jeu et ouquel elle t’a conceu. Trahison tant a elle fait que Sathan et ton pere pis en vault et moins en es prisee. Aveques toy fut nee ta seur jumelle, Detraction, qui tousjours griemelle quant voit riens a souffrir a creature. Bien ressemble a tes parens, car tu embles voulentiers le bon renom d’autrui et le meurdris en ta prison.

A ce faire t’aide fort Detraction, qui rennie le tison que tu as alumé, afin que hault s’en voise la fumee. Ensemble avez murmuré contre Innocence et par foy juré de la destaindre, destruire, de tuer aussi les innocens,

[f. 47]

de ruer a leurs potitis et de briser toute leur mansion pour ce que a voz fais sont contraires. Si voulez estre ensemble pour leur faire faulse puree, voz langues avez aguisees pour percer leur cuer et mal dire d’eulx tant que vous leur avez honte eslevee; de voz langues avez ferus et batus et debrisez leur loz si que a peine osent lever la teste. Mis sus leur avez la rage, et publiee par toute la contree, et avez prins a vostre aide mensonge coulouree pour mieulx les casser. Riens ne vous chault de mentir, de mençonge conspiree ne de guerir faulx tesmoings par peccune. Apris avez a vous deguiser et emprunter figure, affin que on ne vous congnoisse. Bien estes mauvaise trinité qui ainsi vous unissez a faire telle pestillance. Haa, Trahison, tu n’as gardé d’oster ton faulx visaige affin que on ne te congnoisse.

Beste n’y a si sauvaige en boscaige ne en desert. Tu es le serpent qui mort aincois qu’on le voye. Moult de seigneurs as mis a mort de France et de Rommaine et en maint autre partie. La langue as bien seur semee qui ris par les rues aux gens et puis leur rues tes dars. Tant es deguisee que tu as trouvee en religion chantant fry ri elyson et pour faire de l’abit loyaulté, tu a prins tel habit, lequel te je ne desprise pas, mais je t’ay desprisee qui es dedans emmantelle. En tel habit estoies tu enveloppee, quant tu persecutas le filz de Dieu en le vendant aux juifz.

Tu avoyes l’abit d’apostre, non pas pour dire ta pater nostre, ne autre oroison, ne pour poindre en recelee de l’esguillon de quoy tu as acoustumé de poindre. Marrie soies tu a mauldisson.

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