Le Pelerinage de l’ame en prose [50]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 49v]

qui avoit faulsement jugé et fist la pel estandre sur la charre ou les juges s’eseoient en faisant jugement, afin qui leur souvenist de sentencier justement et que la feissent exemple, tous maires, prevostz et baillis. Exemple n’y avez pas prins, si vous en sera de pis a tousjours.

Autel vous dy menteurs, parjures et faulx tesmoings qui par dons et promesses avez faulsement tesmoigné, juré et parjuré, menti et l’autrui acquesté a tort en affermant de voir mençonge et de mençonge voir. Trop avez maintenant langaige. Temps est que je vous langoye et que je soye vostre boucher et aussi que soiez pendus par voz langues seursumees.

Vous aussi qui de voz oreilles avez fais sacs pour en sacher les maulx des faulx parleurs, compaignes a telz larronceaulx, recelez avez leurs larrecins et escoutiers voulentiers chacun maldisant et mesmement la larronnesse Detraction, qui ne cesse d’embler le bon renom d’autrui.

Laquelle pour ce que vous vouliez les larrecins celer qu’elles faisoient a ces voisins, aporté les a voulentiers a vous comme a ses propres greniers. Et pour certain elle n’eust pas tant emblé comme elle a fait se ne le eussiez escoutee et bien recelee. [C]e la est hardié moult d’embler et d’affamer bonne gent. Pour ce demourez pendus par les oreilles qui telles nouvelles ont voulentiers ouyees, car mieulx de larrons point ne valez.

Vous aussi autre larronnaille avez en les mains glueuses par lesquelles estes pendus. Riens ne vous est eschappé que vous ayez peu embler, happez soueillez celeement.

[f. 50]

Maintenant vous larrons serez, se vous pouez, embler de mes mains et se pourriez prendre riens du mien.

Ainsi parloit le bourrel a ses pendars. De l’un a l’autre tost sailloit et puis descendoit pour le feu attiser et aviver soubz eulx. Puis donc en hault s’en remontoit; pas n’estoit paresceux de chacun souvent visiter et d’engreger leurs tourmens. Et je qui tout cecy vëoyé estoie aussi comme tout pasmé de regarder la grant horreur et hideur de ceulx qui ainsi pendus estoient et leurs tourmens.

Atant toutesfois ne demoura mye, car je vy tantost d’une autre part deux cas d’autres maleureux dont les loups les ungs mengoient et dessaroient aux dens et aux piez, les ongles hors sachans, les autres gisans a terre envers la gueulee bee, et Sathan leur gettoit dedans arain fondu.

Cy fait question le pelerin a son gardien.

Her gardien, dis je lors, ces tourmens que je voy moult m’esbahyssent. Enseingne moy, s’il te plaist, qui sont ceulx la qui sont ainsi tourmentez et se plus y a d’autres tourmens.

Cy respond l’ange a son pelerin.

De tourmens y a, dit il, moult d’autres encores en long, en lé et en parfont; peu en as encores veu. Tu ne fais que commencer ores a primes, se je les te vouloye tous monstrer. Je vueil que tu envoyes selon nostre chemin affin [que] tu soies plus humble de mercier ton createur qui t’a getté de telle douleur, et tourment n’y a que tu n’eusses desservi se la grace de lui ne te faisoit ailleurs pugnir. C’est assavoir en

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