Le Pelerinage de l’ame en prose [51]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 50v]

Purgatoire* ou les tourmens ne sont que pleurs a comparoison de ceulx cy.

Or te diray de ces gens la qui ainsi sont tourmentez. Ce sont les escoliers a la vieille boiteuse nommee Avarice, que autrefoiz tu veïz. De telz escoliers as tu veuz pendus, les uns cy devant, ceulx que ces loups menguent, ont esté en leur vie mengeurs de povres gens et leur ont osté le leur par malices pourpensez ainsi que Avarice leur avoit aprins. Et par telle maniere sont ilz pugnis comme ilz ont faits aux autres.

Ilz ont esté toute leur vie loups, ne oncques ne furent saoulx de mengier a grans et petis morceaulx les povres brebis selon ce qu’ilz les pouoient mordre, et a leurs mains et piez les ont acravantez.

Leurs autres qui sont au pres d’eulx les gueulles bees, se sont les usuriers et tous ceulx generalmenet qui ont esté avaricieux de ammaser et garder sans cause or et argent. Si toute la terre et toute la mer eussent esté or moulu, pas ne leur eust souffit, mais encores eussent aucune chose adjoustee s’ilz eussent peu, et jamais n’en eussent riens osté pour chose qui lui feust advenu s’ilz ne l’eussent cuidé ramplir. Ainsi les a asservis Avarice et ainsi tousjours les servira, et getter leur fait en la gorge leur argent pour les saouler.

Assez maintenant leur souffist, car il est si chault et si ardent que tous les cuers leur art. Male chose est d’aprendre a l’escole de telle vieille qui ainsi fait ses escoliers ardre et tourmenter a tousjours.

Aprés je vy moult d’autres tourmens dont grandement je m’esbahy comme devant, mais de chacun d’i-

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ceulx mon bon angle m’endoctrina et enseigna. En ung des lieux d’icelle fournoise Sathan faisoit de grans hars et les bailloit a son compaignon qui faisoit tantost des fagos d’une gent qui la estoient dix ou douze ensemble les lioit, et puis ung autre deäble les gettoit a sa fourche dedans la fournoise. Et lors mon bon ange me dist que ceulx qui estoient ainsi tourmentez estoient gens impaciens qui en leur vie ne avoient peu riens souffrir, mais avoient esté rioteux, noiseux et plans de vengence. Et tant comme ilz ont vescu se sont fais haïr aux autres. Rancune ont tenue sans riens pardonner pour priere que on leur ai faicte. C’est la lignee de la vieille heritee Ire que pieça veïs. Telles gens comme faulx fault il fagoter et getter a fourches ou feu; mieulx vault qu’on les arde que plus ilz pugnissent les autres. Tant ont navré et tué de gens sans avoir en eulx charité par leur crudelité qu’il est temps qu’ilz soient fagotez, liez et ars.

Joingnant de celle fournoise avoit une roe grande sans mesure sur laquelle estoient assis plusieurs chetifs pecheurs. Icelle tournoient tresimpetueusement deux grans Sathanas, et ceulx qui s’eseoient sus faisoient hurter tresfort a ung piller qui estoit auprés de la roe, tellement qu’il m’estoit advis qu’ilz se cassoient le cervel et que les yeulx leur sailloient hors de la teste. De ceulx cy me print mon gardien a parler. Ce sont, dist il, les enfans de Tristesse qui se sont endormis en negligence et paresce.

Lasches ont esté, fetars et oyseux sans cause ont porté bourdon qui de lui ne se sont relevez quant ilz se gisoient en la boe. D’eulx relever et querir leur salut par penitence ont esté remis, combien que aucuns d’eulx ayent eu desplaisance de ainsi se gesir et si grande l’ont eue aucuns

 

* The page actually starts with the word en, which has been unnecessarily doubled.

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