Le Pelerinage de l’ame en prose [52]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 51v]

d’eulx en eulx apaisant que ilz ont mis uis le bourdon par fole desesperance comme fist Caym. Et afin qu’ilz se esveillent en Enfer les a mis fermement sur celle roe et les tourne si roidement que n’y a nul qui sommeille par especial quant ilz se hurtent au pillier. Et pour ce qu’il ne s’esveillera par dela au monde a bien faire, ainsi il sera reveillé. Ceulx qui sauroient ces tourmens se devroient bien esveiller.

Autres y vy auxquelz on fendoit du long les gorges et aux ongles on leur sarchoit les langues par dessoubz le menton. Sur tables estoient couchez ou il y avoit souffre et charbons avuiez qui tous les ardoient. De ceulx cy mon gardien me dist que appellez estoient goitronnaille et gloutonnaille, auxquelz il ne chault comme il en aille mais qu’ilz soient saoulx et leur sac plain. Leur entente a esté seulement a emplir leur ventre. Se sont lecherres, avaleurs de vins et de gras, et gros lopins qui ont si gloutement prins et demesurement que de leurs superfluitez plusieurs eussent esté bien nourris. Mais ilz ont trop amé les delits de la gorge qui a fait forger a ces dens tout ce qu’elle vouloit avaller et regetter hors ce qui lui plaisoit.

Gloutonnie les a prins tellement a la gorge que par la ilz sont tous dessirez et pourfendus.

Dame Langue qui estes leur forgeresse et administraresse est hors de sa gorge mise par dessoubz le monton par force, et en ce feu et en celle ardeure seront a tousjours ensevelis avecques le mauvais riche qui n’y peut avoir une goucte d’eaue pour estancher sa soif.

Aprés je vy une grant

[f. 52]

foison de trepiez; sur chacun estoient assis deux et deux, une multitude de maleureux dessoubz lesquelz estoient le feu qui tous les ardoit. Grant foison avoit entour eulx de grans crapaux, couleuvres et autres vermines qui de tous coustez les mordoient. De ceulx la me parla ainsi mon bon angle:

Ce sont ycy gens deshonnestes, vilz et hors, et dois savoir que ce sont ceulx qui en toutes saisons puent plus a mes compaignons et a moy, car tres ordement ilz ont vescu en luxure et en guise deshonneste en privé et en appert, pour laquelle chose ilz sont et seront a tousjours si tresvillement et ordement.

La aprés revy une tresgrant fosse orde, puant et orrible, plaine d’orreur, vermine, feu et souffre. La avoit si grant foule de gens meschans qu’a peine le pourroit on penser. La en tourment estoient et les environnoient moult de deäbles qui les tourmentoient de grans bastons maillez et grandes fourches qui tenoient. La estoit grant la huee, la criee et la noise. La disoient les chetifz maleureux, pour quoy feusmes nous oncques nez pour ainsi estre dampnez?

Oncques ne voulsismes croire ne faire le bien que pieça on nous disoit. Or mourrons nous sans mourir par nostre mauvestie. Par tout Enfer aussi on oroit tel cry; de toutes pars on y crioit, Helas!

Par la couroient [et] racondoient les deäbles, qui tousjours les nouveaulx dampnez y aportoient et dedens le feu les gettoient. Lors mon bon ange me dist que partie d’Enfer avoit veue, et que en l’autre se j’estye saige

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