Le Pelerinage de l’ame en prose [59]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 58v]

-gneurie en soy, il ne doit riens injustement ordonner ou commander contre droit, car il peut ce qu’il veult par droit seulement, et s’autrement fait, raison s’en deult.

[S]e la pomme dont ce parlement a esté tenu a telle vertu qu’elle puisse sans contredit faire tout ce que le vert pommier a dit, si n’est ce mie qui doye riens faire fors que bien et a droit, car se elle faisoit a tort, nul loz n’en pourroit avoir – son pouvoir en seroit moins bel. Et pour ce est il assavoir que Dieu le Pere tout puissant, qui riens ne veult fors que raison, jadis pensa a ces choses en disant ainsi a son filz:

Cy parle Dieu le Pere a Dieu le Filz

Tu vois, cher Filz, que pour la pomme, l’omme m’en doit grant amende et qu’il s’en va a perdicion; pourtant qu’il m’a offensé dont moult me desplaist, car fait l’avons ensemble afin qu’il fust heritier de Paradis ou nous l’avons mis. La chose aussi va mal par lui, car il qui a fait le meffait n’a riens dont se puisse racheter ne payer l’amende qui est grant, tant ne quant ne le doy quitter, car il fault que je face droit et raison. Si voulsist que aucun feust trouvé qui le rachetast et payast l’amende pour lui et aussi que l’arbre sec fust restabli.

Or n’ay je ange qui se puisse faire ne aussi qui tenu y soit. Homme doit l’amende tout seul, a la payer est tenu de droit. Si me dy ce qu’il te semble.

Cy respond Dieu le Filz a Dieu le Pere

Pere, dist il,  bien est vray que le serpent par sa fraude vint decevoir l’omme, si seroit bon que on lui aidast aucunement qui pourroit trouver la voye a laquelle droit se pourroit accorder, mais

[f. 59]

celui qui se fait pecheur ne peut avoir nul heritier ne successeur qu’il ne soit entenchié du premier mechié, et ne peut estre souffisant de payer si grant amende. Bon est que le Saint Esperit qui est ycy present en die sa voulenté; a lui appartient le conseil. Bien scet que faire en convient.

Cy parle Dieu le Saint Esperit a Dieu le Pere et a Dieu le Filz

Certes, dist le Saint Esperit, bien raison est que celui soit proprement homme qui telle amande payera, car tout seul a fait le meffait. Si fault que celui soit innocent et que pouoir ait aussi grant comme nous trois avons ensemble. Mais ne sçay ou nous le trouverons se l’un de nous ne devient homme, par quoy le pommier soit restabli en lieu de sa pomme et l’amende a droit payee; et s’ainsi n’est, jamais homme n’aura sa paix. Certes, dist Dieu le Pere, je croy bien qu’il fault que l’un de nous compare ceste folie, ou que tous les hommes perissent.

Cher Filz, dist il, que t’en semble? Ainsi m’est advis, se dist il, mais toutesfois ce sera moult griefve chose a celui qui y sera commis. Tu dis voir, Filz, ce seras tu – mais que ce soit a ton plaisir. Si te prie que tu vueilles entreprendre a souffrir telle mesaise.

Haa, dist Dieu le Filz, comme male pomme se il convient que je deviengne pommier pour porter la somme et que je paye la raençon de celui qui l’a mengee. Je croy que je me doy repentir quant je fus a le creer pour en avoir tel guerdon. Mais Pere, se ainsi te vient a plaisir, combien qu’il me soit tres grief, ton vouloir soit fait, non

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