Le Pelerinage de l’ame en prose [63]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 62v]

-jours immortelle. Si te prie que apaiser te vueilles en boutant hors ta douleur et aussi tost que je pourray trouver aucun meilleur, je la feray cueillir et mettray en mes garniers et la garderay par trois jours entiers. Et quant elle sera ainsi paree, je la te rendray glorifiee. Lors la pourras donner a disner a tes amis, car meilleur fruit ne pourras trouver.

Ci parle l’ange au pelerin de la pomme.

En cest pomme, dist l’ange au pelerin, tous, non pas seulement les enfans mais les anciens pourront trouver confort ou monde. N’a jouel si bel comme elle pour esleisser tout bon cuer qui la veult souvent tenir, sentir, oudourer et gouster. Le penser et le parler d’elle font toutes douleurs et ennuys oublier. Et pour ceste cause a mon advis l’ont prinse ces pelerins. Et s’ainsi eusses fait, jadis piëça feusses delivré des tourmens que encores sens.

Lors le pelerin fist sa premiere priere au pommier qui porta la pomme et qui ploura pour elle qui lui pleust octroyer soy d’icelle si bien jouer que oublier en peust ces tourmens.

Oultre ce lieu passasmes et puis arrivasmes en ung lieu ou je regarday plusieurs tombes. Et sur chacune d’icelle avoit ung asne gravé et sembloit que les asnes du pays feussent la enterrez, dont il me vint grant merveille, mesmement car aupres d’illec avoit ung grant hermitaige loing de ville, et ne sembloit point que on deust aporter asnes pour enterrer. Sy demanday a mon bon ange quelle chose [c]e estoit, car je n’avoye point acoustumé que asnes feussent honnorez.

Cy respont l’ange a une question que le pelerin lui avoit faitte

[f. 63]

Certes, dist il, se tu eusses esté tel quant tu vivoies au monde comme ceulx cy jadis furent qui sont enfouis cy dedens, tu n’eusses pas esté si longuement en peine ne en tourment.

Il advint une fois que le filz d’un riche bourgois s’en vint a saint Berard demander quelle chose il convenoit faire a cellui qui entreroit en religion. Amis, respondi saint Bernard qu’il convenoit que celui devenist asne pour soustenir les fais que on lui chargeroit et que nulle fois ne murmurast de viande que on lui aillat. Si dois pour ce savoir que ceulx qui demeurent en ce prouchain hermitaige sont telz asnes, car ilz ont et main et soir les bas mis pour porter tout ce que on leur veult commander; ne il n’est si grant faiz dont voulentiers ne soient sommiers. De leur viande ne leur chaut – en gré prennent la paille et le grain. Telz furent les hermites ou temps qu’ilz furent enfouiz cy endroit. Tous bons religieux en portant la croix Jhesucrist pour le ensuir de laquelle ilz sont las pour porter et endurer telles peines. Ysachar estoit ung tel asne duquel Jacob au lit de la mort parla, disant que Ysachar estoit ung asne fort lequel vendroit soustenir et porter par obedience ce que on lui vouldroit commander.

En quoy de telz asnes parlant, se vy hommes et femmes vivans ou monde lesquelz je encontrai en ma voye, et y avoit de mes parens auxquelz je voulz parler. Mais je ne peuz et toutesfois ung peu aprés je n’en feis compte, pour ce qu’ilz ne me avoient fait nul semblant ne tant ne quant regarde. Si en voulu savoir la cause.

Cy fait question le pelerin a son ange

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