Le Pelerinage de l’ame en prose [68]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 67v]

doubte. Et aussi tu t’en devras mieulx congnoistre affin que tu ne croies mie que tu ayes tourment sans juste cause que ton corps a gouverné negligemment et blasme de ce dont estoies coulpable. Dame, diz je, se m’avise maintenant que telz parolles me dist assez mon corps quant je l’encontray en mon chemin; et longuement me fist penser, mais trop tart estoit pour ce que nul retour n’avoye a lui au monde.

Tantost aprés ce parlement je vy ung hault et fort maçonnaige sur lequel estoient assis deux ymaiges grandes a merveilles et haultes et despareillees. L’une estoit d’un chevalier armé monté a cheval lequel a son maintien estoit moult fier et du tout prest pour batailler.

De l’autre ymaige bonnement ne savoye juger fors qu’il m’estoit advis qu’elle ressembloit a la statue que Nabugodonosor songea. Le regard avoit moult espouventable et grande estoit a merveille. Le chief avoit d’or fin, les bras et la potrine de pur argent, le ventre et les cuisses d’arain, les jambes de fer et les piez parmi partis de terre et de fer. Si prins a regarder mon angle sans lui vouloir demander ce que signifioit quant tantost me dist que c’estoit.

Cy parle l’ange de la statue que Nabugoconosor songa

Piëça, dist il, as bien veu et leu en Daniel que Nabugodonosor jadis en son lit pensa en son gouvernement comme son royaume estoit traicté et par quelle loix gouverné et comment et de qui il seroit plus gardé, qu’elle en seroit la fin et en quelle main il escherroit. Aprés aussi as assez veu comment il s’endormi en ses pensees et lors lui fut revellé et monstré

[f. 68]

l’estat de ce qu’il pensoit, comment Daniel l’exposa par la statue que ledit Nabugodonosor songea qui estoit de telle façon comme celle ymaige que tu voys devant toy. Si te dy que par le conseil de Daniel, icellui roy Nabugodonosor fist mettre cy et figurer celle statue en la maniere qui la vit, affin que empereurs, roys et princes ayans gouvernemens y preissent exemple pour bien faire. De celle statue te vueille je a present parler. Elle* est nee d’un verbe que on nomme ‘status’ et d’un estre que on nomme ‘sco’. C’est a dire qu’elle est permanant et estable et que tousjours doit demourer sans se remuer. Et pour ce dit on communement que celui qui ne se remue est bien appellé statue.

Jadis elle fut establie affin que le roy du pays feust en remembrance a tous les siens, qu’ilz ne l’oubliassent. Faitte estoit a son ymage ou plus proprement qu’on pouoit affin qui leur souvenist mieulx de lui. L’imaige du roy se demonstre en son gouvernement, car tel est homme, tel est sa terre, et ainsi comme ung chacun se maintiet, on le tient ou a fol ou a sage. L’autre ymaige n’y fault querir.

De ce parle le saige nommé Ecclisiastique ou il dit que le gouvernement du saige est tousjours estable et ferme, ainsi comme il se porte. Roy qui n’est sage pert son peuple, mais celui qui est sage par bon sens le deffend. A son gouvernement le voit ou fol ou saige et aussi a ses estatue ilz sont establis, car s’ilz ne le sont, il n’a pas moult d’estableté car il ne doit nulle estatue ne ordonnance faire qu’il n’ait eu par avant deliberation comme il pourra demourer esta-

 

* repeated

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