Le Pelerinage de l’ame en prose [70]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 69v]

-cion en prenant impression telle comme on lui veult donner en loyaulté.

Chief qui ainsi se gouverne par droit est bien nommé chief, mais qui le verroit esclater et crever quant on lui donneroit bon advis, et de ce amander ne se vouldroit, mais sonneroit trop hault par parolles orgueilleuses et despiteuses, par droit ne devroit estre dit d’or mais de rouge mestail ouquel ne peut estre formee fors figure laide dont on ne doit avoir cure.

Commodius qui fut empereur eust en lui tel orgueil qu’il vouloit estre vestu d’une pel de lyon en signe qu’il estoit roy des hommes comme le lyon des bestes. Tel chief n’estoit pas de fin or, car qu’il ne eust prins a droit nul conseil, ains en feust tost fendu et trevé et devint impacient.

Nul bon ouvrier n’ouvreroit jamés si voulentiers en telle matiere comme il seroit en fin or et qui est divisible sans contredire.

Et dy oultre que quant le chief est de fin or et enclin a conseil et en lui empraint impression mesavenant, celui n’est mie loyal conseilleur qui ainsi fait, car en matiere d’or ne doit on faire fors noble et belle figure et qui y empraint laide figure c’est a droit si lui mesadvient. Et semble que s’il y avoit laidure ou chief d’or qui tendroit au conseil, car ainsi comme l’or est baillé a l’orfevre pour le foger en forme convenable, aussi le prince se baille a son conseil pour lui forger son honneur en forme de honnesteté et de loyaulté pour bien gouverner son royaume sans le flater ne espargner. Car se le prince

[f. 70]

est tel comme il doit estre, il doit savoir que qui veult faire impression de bonne façon ne peut il faire sans martel ou coup de forge a quoy les flateurs ne valent riens. Oncques bons forgeurs ne furent, seulement ferans de plumes, car en riens ne quierent l’onneur de leur seigneur et ne leur chault s’il est bien ou mal forgé.

Cy fait question le pelerin a son ange

Quant je oüy telles parolles dire, a mon gardien je lui prins a demander comment ung petit homme auroit le hardement de marteller sur son chief pour le adviser, car trop grandement se mettroit en peril et adventure. Se m’estoit advis qui riens lui diroit contre sa voulenté, supposé que on ne lui dist fors que bien sans mentir et pour son honneur.

Cy fait l’ange response a la question du pelerin

Adoncques me respondi mon bon ange: Mais comment, dit il, sera le conseilleur si osé qui se vueille du tout dampner pour faire entendre faulx a son prince quant il cuide que lui soit si loyal et qui l’a establi a le conseiller et du tout cest baillé a lui pour forgier et mettre loyaument telle forme en lui comme il lui appartient a bon or? Car s’ainsi le faisoit, il ne feroit pas son devoir et au fort n’en auroit il ja gré au derrenier. Et par aventure pourroit il estre appellé de faulseté et de trahison, et sachez certainement qu’il n’est prince ou chief de communité qui se baille voulentier a forgier a conseil se icellui chief n’est d’or fin, car s’il ne l’est, ce qu’il fait n’est que par contenance ou pour avoir la semblance, car ja chose que bon conseil lui dye, riens n’en fera mais resistera au martel et a bon conseil son forgeur.

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