Le Pelerinage de l’ame en prose [72]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 71v]

membres, lequel est le pillier et le soustenail d’un chief comme la coulombe d’ung edifice, et doit estre le passage et y a passaige du chief aux membres et des membres au chief. Et se doit tenir droit comme le pillier pour soustenir le chief sans decliner ou varier, par lequel le chief a son souspirail de tout ce qui lui vient des membres de bas. C’est a dire que se le roy a mauvaise nouvelles d’aucuns de ses subgetz dont il lui desplaise, par son col se doit respirer et reconforter par son conseil. Le chief aussi envoye par son col aux membres de dessoubz de ce qu’il leur veult donner pour vivre. C’est a dire pour ce que tous ont mestier de grace que le col en doit estre moyen mesmement pour ceulx qui ont cas piteux, et si doit encores estre moyen entre le seigneur et le peuple pour tenir tousjours entr’eulx paix et accord que par raison doit estre.

Ci parle l’ange des bras de la statue Nabugodonosor.

Or te vueil je parler des bras d’icelle statue, qui sont d’arain. Les bras sont les plus puissans membres du corps et les plus aidans et les plus prestes a deffendre le chief et les autres membres. Hastivement se opposent contre tous empeschement et souvent se font navrer pour secourir le chief et les membres et pour faire le corps sain. Ce sont tres loyaulx membres qui en eulx n’ont point de faintise mais aident a destre et a senestre. L’un de ses bras sont ducs, les contes, les barons et autres gentilz hommes du royaume qui sont plains de nerfs, c’est assavoir de fors amis, et de vaines plaines de sang, c’est assavoir de grant lignaige et qui ont aussi la main bien ossue, bien enjoinctee et bien garnie, c’est assavoir de gens d’armes par quoy ilz sont plus fors. L’autre

[f. 72]

bras sont les principaulx officiers sur gens d’armes comme mareschaulx, cappitaines et autres qui conduisent les guerroians a pié ou a cheval, soient seigneurs, chevaliers ou soutdoiers, sur tous lesquelz est le connestable qui doit estre estable et hardi sans muer, plain de prouesce, de constance, de hardiesse et de grant cuer comme son nom le porte. Car celui doit estre bien estable auquel l’ost se doit alier et appuier de toutes pars, et pour ce n’est il mye sans main, car il a plain pouoir de [s]e faire aider de tous toutesfois que mestier en est. Et quant de ces deux bras, je ne dy mye lequel a la partie destre, mais je sçay bien que chacun d’iceulx se doit tousjours faire et estre destre, comme Aaeth* est figuré ou tiers chappitre du livre des Juges, ouquel est recité qu’il avoit chacune de ses mains destre et en usoit comme destre.

Si di que chacun des bras se doit avancer tousjours pour mieulx aider, ne nul d’eulx ne se doit a senestrir, mais tous se devient tenir destres pour gouverner le royaume et soy oposer contre les ennemis, pour le defendre et reprimer la force et male voulenté d’icuelx ennemis, car ains se devroient avant laisser briser ou navrer mortelment que les ennemis feissent mal au chief ne aux membres. Se iceulx bras sont loyaulx de bon argent sans roil ou autre male mistion, car aussi comme en pur argent n’a riens obscur ne tenebreux, tout ainsi ne doit avoir aucune souspecon en ceulx qui ont les autres a garder, mais doivent estre clerz et nets en telle guise que on puisse dire qu’ilz se portent loy-

 

* The figure referenced here is clearly Ehud, known for his ambidexterity, but the spelling is somewhat of a mystery – perhaps a phonetic approximation of Aod, one of his alternate names in French?

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