Le Pelerinage de l’ame en prose [76]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 75v]

de telz gens armez de bon vouloir, ilz pevent bien chevaucher seurement sur les ennemis se mestier est. Et dient aucuns que on mesprent de conrir gens en aide hors du royaume quant il est plain de bonnes jambes ferrees, mais ce ne seroit pas merveilles se ung homme qui auroit mauvais piez ou les jambes froissees queroient batons ou potences pour eulx soustenir. Lasche doit estre nommé quant il quiert la potence, et car le naturel membre vault mieulx que l’emprunté, le membre naturel aide ou l’emprunté fault. Sont ceulx qui ont leur vit ou royaume et sont tousjours prests de aider au roy qui est leur chief, et n’est pas doubte qui lui pevent mieulx aider quant besoing est que potences empruntees d’estranges contrees esquelz a petit soustenail ne il ne leur chault se le royaume est bien ou mal deffendu, car ilz sont sans plus venus pour fourraiger et gaster les biens de quoy les membres naturelz deussent vivre et aussi pour avoir tout l’argent du roy et leur souldoyemens lequel il pourroit espargner et plus seroit deffendu et sans souspecon mesmement quant il a tortes jambes ou il n’a aucune rompture. Et n’y a nul qui n’aidast voulentiers au roy quant besoing seroit mais que le roy le voulsist ordonner.

Ci parle l’ange des piez de la dicte statue

Des piez te diray aprés qui sont les aides aux jambes, car il les soustiennent et les membres d’arront et maintiennent le royaume. Ce sont les laboureurs et ouvriers sans lesquelzs les autres ne pourroient vivre ne estre conduis. Les plantes des piez qui sont au plus bas ne sont mye aussi a despriser, mais sont tres neccessaires, ne il n’y a si petit orteil ou pie que on doye despriser. Plus est neccessaire ung laboureur que ung changeur ou ung orfevre; on se aide

[f. 76]

mieulx d’un chartier ou d’un tomicher que on ne fait d’un paintre.

Les piez de celle statue sont IIII partis, et de deux matieres et semblent moult estre despareilz mais se n’est mye tant comme il semble. Le fer est yssu de la terre, et pour ce se l’un est de fer n’est pas que on ne le puisse nommer de terre comme l’autre; mais toutesfois c’est dessemblablement pour ce que sa forme est altereé puis que elle a esté en autre transfiguree. Car la terre est mole et le fer dur. Je te dy cecy pour tant qu’il est pou d’ouvriers qu’ilz ne soient mis-partis aucunement de fer et de terre ou elle en est venue, et les plusieurs ont oustilz de fer pour faire leur besongne. Encores autrement les peut on dire my-partis, car de terre pevent estre dits les laboureurs, semeurs, areurs, houeurs courtilliers, potiers, tailleurs et tous ceulx qui n’ont mie le cuer au fer, autant comme a ce qu’ilz font au langaige apparçoit on telz gens de mestier. Car ilz sont de terre, ilz parlent de terre et ont la condicion, car s’ilz ne portoient les autres membres ilz cherroient, ne ja le royaume ne seroit bien soustenu ne maintenu.

L’autre partie des piez qui est de fer peut on ainsi entendre car il est moult de laboureurs autres que ceulx que j’ay dit, comme forgeurs, ferruriers, armuriers et tous ceulx qui forgent de fer, d’acier et de metail. Il appelle telz gens de fer car contre eulx le fer ne rebelle pas mais le divisent a leur voulentez. De fer aussi parlent plus tost que autres gens. Telz piez soustiennent et maintiennent selon leur porcion le royaume et sans eulx ne se pourroit soustenir le remenant a droit.

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