Le Pelerinage de l’ame en prose [78]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 77v]

ont esté aval la terre querir ceste vieille la. Pour estre s’amie et lui tenir compaignie a lui l’ont amenee et me ont boutee hors du tout, mais je pense que se le roy osast, tantost me rappellast avec lui. Or est il ainsi qu’il ne oseroit courrucer ceulx qui la lui ont amenee pour ce que ce sont de ses conseilleurs sages reputez et plus cler veans que Argus qui avoit cent yeulx, ne que les bestes que vit saint Jehan l’euvangelliste qui avoient yeulx devant et derriere. Et pour ce a il donné que tous ceulx qui li ordonneront soit tenus et gardez de grans et de menus et ne pense pas le roy qu’ilz facent contre son honneur. Car s’il le savoit, jamais ne leur souffreroit mais mieulx ameroit mourir que le souffrir, pour ce que leurs ordonnances sont au grief et grant oppression du peuple.

Verité est que le roy Pharaon tint en servitude les filz d’Israel et par lui eurent moult d’afflictions et aussi furent contrains de moult de pactions, mais tant y avoit qu’ilz n’estoient pas nez de son pays par quoy il ne mesprenoit pas tant a ainsi faire comme s’ilz eussent esté de sa gent.

Salomon aussi ne oncques ne n’eust aucuns des siens mais seulement faisoient servir les estrangiers.

Ad ce deussent prendre garde ceulx qui ont entreprins le gouvernement du roy par son consentement, combien qu’ilz ne le facent mi; ainsi tourmentent les forains et les privez a leur vouloir, mainent et conduisent le roy comme s’il feust soubz aagé et qu’il ne se sceust gouverner et qu’ilz feussent tuteurs et curateurs de tout le sien.

Cy fait question le chevalier a Liberalité.

[f. 78]

Lors demanda le chevalier a Liberalité se le roy avoit grant prouffit en tel gouvernement.

Ci respont Liberalité a la question du chevalier.

Et elle lui respond que nennil, mais tourne: par devers ceulx qui font telles ordonnances et en sont mieulx vestus, parez et dorez en leur maison que le roy, et d’autrepart le roy en est maudit et de sa court se departiront plusieurs quant ilz l’aurront bien congneu la vieille Convoitise, et de plusieurs s’en sont desja alez ainsi le pouez veoir. Telles choses ne faisoit on mie quant le roy me tenoit entre ses bras et moy lui joyeusement. Lors estoit le roy loué et prisé de toutes gens.

Et pour ce quant je vy celle orde vieille boiteuse Avarice que on lui a ainsi admenee pour tollir sa renommee et qui a deshonneur, je suis mise hors d’avecques lui, je meurs a grant douleur et encores plains je plus le roy et son honneur que moy. Plus grant honneur avoit de moy que je ne pouoye avoir de lui.

Adoncques dist le chealier a la pucelle qui veoit bien qu’elle amoit le roy et lui commença a demander qu’elle lui donneroit s’il pouoit faire sa paix devers le roy et qu’il la reprist. Lors elle respondi que [s]e ainsi le faisoit, a tousjours mes l’aymeroit et se elle pouoit autre chose pour lui elle le feroit de bonne voulenté. Lequel incontinant lui promist que sans demourer yroit parler au roy et ainsi le fist. Et quant il approucha du roy il commença ainsi a parler a lui.

Ci parle le chevalier au roy

Sire roy, honneur vous doint Dieu. Je suis

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