Le Pelerinage de l’ame en prose [79]

[Chantilly, Musée Condé ms. 140, f. 78v]

venu de loingtain pays jusques cy pour veoir et honnorer vostre estat royal et pour la bonne renommee aussi de vous dont partout on fait memoire. Sy ay trouvé, puis que je vins en vostre court, que assez estes bien gouverné en justice, en parlement, en assises et* en autres jugemens que voz presidens, baillis, prevostz et autres justiciers font de laquelle chose vous estes moult loué et aussi je en suis bien content. Mais j’ay ouy dire autre chose qui grandement empire telle louange, car j’ay trouvé une pucelle moult belle et moult gracieuse que vous souliez amer et clamer vostre amie, mais elle pleure et souspire en grant douleur. Car combien qu’elle ne vous ait riens meffait, ainçois vous a fait bien et honneur, vous l’avez boutee hors pour une truande que avez mise en son lieu, pour quoy on vous en prise moins et moins prisera tant comme elle sera avecques vous. Si seroit bon que tantost la boutissiez hors et que reprenissiez la pucelle.

Cy parle le roy au chevalier

Beau sire, dist le roy au chevalier, dont vous ne savez point, mon conseil la mise hors et boutee la pucelle et ma amenee la vieille. Il fault que je croye mon conseil se je vueil avoir honneur et bien, et pour ce ne reprendray point l’autre se ce n’est apr ceulx qui en ont esté promoteurs. Et quant je y pense, je croy qu’ilz n’en feront riens autresfois y ay mis peine laquelle j’ay perdue.

Ci parle le chevalier au roy.

Et comment, dit le chevalier au roy, vous vous voulez** ainsi laisser trahir?

Cy parle le roy au chevalier

[f. 79]

Je ne scay pas, dist le roy, que on me trahisse mais cuide que tous me veulent honneur.

Ci parle le chevalier au roy

Et je vous vueil prouver, dist le chevalier, et monstre tantost que qui vous a donné ce conseil vous a osté vostre bon nom et quelque nom ou tiltre qu’il ait, il est trahistre faulx et mauvais. Je l’appelle de trahison, et devant vous et vostre compaignie en offre et baille gaige et en vueil entrer en champ mortel pour vous demonstrer sa trahison. Faictes venir celui ou ceulx qui ce ont fait, car prés suis de batailler a toute telle gent l’un aprés l’autre et ne doubte point que je ne les vainque pour la trahison qui est en eulx. Et leur feray crier mercy et recongnoistre qu’ilz vous ont trahy quant ilz ont fait partir de vostre compaignie Liberalité et y a mené Convoitise. Faictes moy droit de telle gent. De telle chose ne me devez pas escondire, car vous savez bien que au contraire de contredire n’aurez pas honneur. Lors lui dist le roy qu’il auroit journee a huitaine a batailler au lieu ordonné a ce faire et tantost le chevalier accepta la journee. Adonc le roy lui dist qu’il mettroit peine de querir celui qui se pourroit mieulx deffendre de ceulx qui lui avoient donné tel conseil. Au bout de l’uitayne vint armé le chevalier et entra ou champ cointement faisant tel cry: Or sa mauvais trahistres qui avez trahy vostre seigneur en lui ostant Liberalité sa bonne amye, venez avant je vous deffie! Le tuer du ventre vous fendray et monstreray dedans la trahison qui dedens est enfermee. Venez et vous monstrez avant. Viengne premier le plus hardi! Moult longuement le chevalier

et repeated

** additional, unnecessary vous has been omitted

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