Le Pelerinage de l’ame en prose [80]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 79v]

attendi en appellant haultement sur les rens, mais nul ne venoit avant dont il ennuyoit moult au peuple qui la estoit assemblé. Et le roy qui estoit moult hault en ung eschaufault avec ses barons fist crier que on fist silence pour ce qu’il vouloit parler au chevalier appellant, et lui fist dire que de lui s’approuchast pour parler a lui. Lequel tantost se desheauma et vint devant le roy en le saluant, et le roy lui dist qu’il le tenoit et reputoit vaillant et digne de grant honneur et de porter le signe de pris. Nul n’ay veu qui ose soy oposer ne batailler a vous. Je voy bien qu’ilz sont coulpables; plus ne les croiray de riens. L’onneur vous donne du champ et m’abandonne a tenir vostre conseil. Si vueil que vous me faciez venir celle pour qui avez entreprins la bataille et que l’autre tantost s’en voise. Ainsi fut remise la pucelle Liberalité avec le roy et la vieille Convoitise s’en ala, par quoy le roy recouvra son los et pris. Et le roy pour le bien et honneur que le chevalier lui avoit fait fist entailler son ymaige et le mettre cy endroit pour ce que lui sembloit que du fait on devoit avoir souvenance. Et affin aussi que chacun roy qui par cy passeroit print exemple de soy bien gouverner et garder de faulx conseil; et est chose bien avenant qui l’ymage du chevalier soit* au prés de la statue.

Aprés le parlement d’icelle statue et d’icelle ymage, je reviens au propos de par avant et me semble que des tourmens je fuz ung peu allegé. Et est vray que moult longuement je souffry tourment lequel peu a peu apetissoit, et tantost fus en tel estat que plus ne senti de tourment et que mon fez fut tout gasté. Lors me sembla que je voloye et que je veoye le ciel ouvert et le pre-

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vost saint Michiel qui la s’eseoit comme juge et autres qui faisoient jugement de plusieurs gens. La avoit clarté resplandissant qui me faisoit si grant joye a veoir que nul mal ne sentoye. Mon ange voloit souvent la et souvent revenoit a moy en moy disant que je actendisse encores ung peu et feisse bonne chiere car tantost iroye au lieu ou je tendoye et que la me meneroit, car congié en avoit du prevost et des assistans et que maintenant Justice et Misericorde, Equité, Raison et Verité estoient d’une voulenté et d’un accord. Quant une piece onz ainsi attendu et que peu veoir les elemens et ce dedens et angelz voler et ravoler et deables aller fouir et rafouir par mer, par terre et par l’air en espiant les pelerins par leurs chemins, mon bon ange me print par la main et me dist en chantant que mes peines estoient consommees et que sans plus attendre nous yrions en la cité de Jherusalem lassus. En chantant ainsi me mena et me monstra le firmament et en ce point je vy entour moy grant foison d’oyseaux qui hault chantoient en l’air et disoient seulement: Jhesu Jhesu. Et lors je demanday a mon bon ange qui avoit ainsi aprins a ces oyseaulx a chanter tel chant et si doulx aruir et duquel ilz se resjouissoient tous. Certes, dist il, tu ne deusses pas estre esbahy de telle chose car autresfois as ouy et veu ces oisillons, mais tu ne advisoies pas leur doulx chant ne leur maintien dont tu as eu grant dommage et grant douleur quant les gens mortelz ne entendent mieulx a leur maintien. Ce sont les oyseaulx que Dieu a fais, auxquelz il veult que homme mortel preigne exemple

* This should perhaps be voit, but it’s impossible to say without consulting other copies of the text.

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