Le Pelerinage de l’ame en prose [82]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 81v]

monstra une eaue qui le environnoit et courrit entour si clere et si pure que parmy veoie clerement tout ce que par avant avoye veu. La terre et enfer qui dedans estoit enclos ne me sembloit mye greigneur que une petite boule au regart du circuité du ciel qui estoit sur moy, lequel sembloit estre de cristal, parmy lequel en regardant vy le prevost saint Michiel en sa court lesquelz le cuidoie avoir veu en bas. La estoient tous excepté Sathan, et ceulx qui attendoient leur jugement.

Cy fait question le pelerin a son ange

Lors demanday a mon gardien [s]e c’estoit le lieu ou je avoye veu tenir assises a saint Michiel ouquel je estoye venu pour respondre de mes pechiez contre Sathan mon accuseur, et me sembloit, ce lui dis je, que ce avoit esté ailleurs.

Cy respond l’ange a la question du pelerin

Lors il commença a respondre doulcement en moy demandant s’il me souvenoit de la courtine que je avoye veue entre le prevost, ceulx de la court et moy quant je estoie dehors d’icelle en attendant mon jugement. Et je lui diz que bien m’en souvenoit.

Par celle courtine, dist, elle est entendu le firmament qui te destournoit a veoir ce que tu vois maintenant et que plus clerement verras quant tu seras monté plus hault. Icelle courtine te sembla au premier noire pour ce que ta veue estoit empeschee et deceue par tes pechiez, et aussi il n’appartenoit pas que tu veisses choses ou tu preisses joye.

Bien est vray que soubdainement la courtine fut retraicte et que tu prins ung peu de joye pour la clarté que tu vis, mais ce fut fait pour une autre fin, c’est assavoir que tu feusses bien esbahy s’il failloit que

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tu perdisses si grant joye pour tes meffais et se la court te sembla estre la pour ce, ne seoit il mye ainsi, car elle est en hault en Paradis, mais il est advis aux pecheurs qu’elle estoit pres d’eulx quant ilz pensent avoir peine.

Quant tu estoies en bas en attendant ton jugement, la court veoyes prés de toy pour ce que tu cuidoies avoir desservi a estre condempné et banny hors de Paradis. Ores es tu eschappé maintenant par la grace que Dieu t’a fait. Si t’est advis que la court est transportee, mais il est tout autrement comme tu pourras veoir quant tu auras passé la courtine dont tu es a l’entree. Car le ciel cristalin en est lequel n’as pas encores passé, c’est celui que tu cuides qu’il feust devoirré quant la courtine te sembla une verriere. Lors lui diz je que j’estoie si sourprins de la joye ou je estoye que je ne savoye que demander ne que dire fors que seulement penser au soulas que je avoye. Adoncques il me dist que ce ne estoit riens a compter aux grans deduis qui sont oultre la courtine. La, dist il, sont les grans joyes pardurables si merveilleuses que nul ne les pourroit penser. Car [s]e le soleil estoit sept fois plus cler qu’il n’est, si ne seroit riens; ne il n’est bouche qui le peust racompter. C’est la cité de Jherusalem ou tu fuz excité d’aller qui est la fin de ton pelerinaige. En parlant ainsi a moy, nous passasmes oultre le ciel cristalin et la vy si grant clarté que nul ne pourroit penser, car se le soleil estoit sept fois plus grant et plus cler qu’il n’est, si ne seroit riens envers elle. Tu dois savoir que Nostre Seigneur Jhesucrist dist en son temps qu’il estoit sur terre que en la maison de son pere avoit plusieurs habitacions et il disoit veoir, car c’estoit maison royal. La prin-

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