Le Pelerinage de l’ame en prose [84]

[Chantilly, Musée Condé, ms. 140, f. 83v]

le ciecle est revolucion de cent ans ou environ et toutes fois il appelloit siecle le monde.

Cy respont l’ange a la doubte du pelerin

Lors il me respondi que celui qui fist le compost ne vit oncques ses siecles mais sans plus a veu d’eulx de l’aval et a cuidé qu’il n’en feust plus, si a voulu par limitacion du temps distribuer a ce siecle les dessusditz cent ans pour exposer les pluralitez des siecles dont l’escripture fait assez mencion, et supposé qu’il ait opposé ce mot ciecle comme il doit estre exposé si dit on communement que le monde est ou ciecle. Pourquoy je dy que s’il peut estre assez de telz siecles appellez, et pour ce n’est mie a entendre que Dieu n’ait la seigneurie de toute succession et limitacion  de temps, car son regne et sa puissance sont sans fin et sans mesure et tousjours durera son regne par tous siecles sans fin.

Or est il ainsi que le monde n’est pas, ains est limité et prendra fin. Et pour ce ne peut il pas contenir siecles sans fin. Pour quoy il m’est advis que ces siecles sont ailleurs qui doivent estre infinis, c’est ou pays de Paradis qui tousjours durera sans fin, lequel ne peut estre rampli des siecles infinis. Les siecles infinis sont comprins de l’infinité de Dieu, par quoy il doit estre loué pardurablement.

Ce afferme l’Eglise qui dit qu’il vit, regne et regnera es siecles sans fin. Et affin que croiez mieulx ceste chose, tu doys savoir que quant on fait memoire de la trinité en lui rendant graces de ses benefices, elle dit communement que celle gloire lui soit maintenue sans fin comme tousjours a esté, et ne lui souffist

[f. 84]

mie de dire semper, c’est a dire tousjours, mais adjouste in secula seculorum, c’est a dire par les siecles des siecles.

Lesquelles parolles ne sont mie entendues des siecles de la bas, car ilz ne pourroient comprendre seulement se mot cy semper. Et pour ce ne pourroient enclorre ses deux motz secula seculorum, non feroit pas aussi le compotiste. Et d’autre part, as tu pas veu le livre appellé Ecclesiastique, ou le saige fait question: a savoir s’il feust oncques homme qui peust on sceust nombrer les jours du siecle ainsi comme s’il voulsist dire que nul ne souffiroit a ce faire car ilz ne pevent estre nombrez ne comptez. Et toutesfois, se le siecle tenoit seulement cent ans, ilz seroient ligierement comptez et nombrez. Et pour ce le saige en ce cy est contraire au compotiste.

Et oultre je te dy que Dieu qui est en soy infini en ses oeuvres, puis que entendement ne peut comprendre le grant pouoir de lui, nul entendement aussi ne pourroit comprendre ses oeuvres, especialement s’il faisoit toutes les oeuvres qu’il pourroit faire. Et n’est nul qui deust croire que le bien que faire peust il ne feist ou qu’il n’ait fait, car il est bonté tressouveraine et fontaine de bien, laquelle il convient estre espandue par tout, laquelle aflue tousjours, car son cours n’empesche en riens.

Et comme doncques oseroit on supposer ou entendre qu’il voulsist laisser son royaume infini desgarny et en desert comme lieu gast, qu’il ne feust tantost garny parmy d’ouvrages infinis? Car se ne seroit pas chose advenant a lui qui est tout puissant de le laisser en desert a chacun qui peut bien faire affiert qu’il le

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