Disputation [15]

[Paris, BnF fr. 1793, f. 153v]

-mon qu’il avoit prinse en sa messe celuy jour.

Adonc le pryeur tira hors de son sain la boiste et en la presence de tout le esleva entre ses mains disant a l’esperit: Se tu croiz fermement sans quelque doubte que c’estoit cy le precieux corps de Jhesucrist qui print char humaine en la Vierge Marie, receut mort et passion et au tiers jours resuscita, et tous l’esperis l’adourent, a sa vertu ne peuent resister. Je te commande, dist le pryeur, en la vertu de ce precieux corps de Jhesucrist que tu me suives et viengnes aprez moy jusques a la porte dehors ceste maison.

Respond l’esperit: Tres voulentiers. Je suivray mon sauveur et createur que tu tiens entre tes mains. Lors se print le pryeur aler par devers

[f. 154]

la dicte porte bien devotement a petit pas et devant lui aloient .II. des freres avec pluseurs autres gens et regarda le pryeur derriere luy et ne vit quelque chose, mais bien oyt comme le son d’un ramon traynant fort comme sur ung pavement. Et quant il vint droit au lit de la femme, oy que la femme commença a crier terriblement fort comme femme dervee et a estrandre merveilleusement les dens et soubitement fut comme morte. Et le pryeur ce voyant s’en revint devers son siege dont il estoit parti.

Aprés une petite espace et que tous les assistans se taisoient comme espoentez de ceste chose, la femme comença a crier moult hault en disant:O tresdoulx sire Jhesucrist, qui me rachetas de ton precieux

[f. 154v]

sang, ayde moy s’il te plaist et me vieng conforter en ceste angoisseuse paine et travail non creable!

Le pryeur oyent* ceste exclamacion print a interroguer l’esperit par ceste maniere: O esperit, dy moy en la vertu de la Passion Jhesucrist pour quoy ta femme est ainsi travaillee.

Respond l’esperit: Elle mesmes scet bien la cause de sa paine et douleur. Demandez lui dont se tu le vuelz savoir.

A laquelle le pryeur dist: O tu, bonne femme, dy moy la cause de ta tristresse et douleur que tu sueffres.

Laquelle ne respondi rien au pryeur.

Lors dit le pryeur a l’esperit: Je te conjure par la puissance de Dieu et par la sainte incarnacion de Dieu le filz et par les merites de la Vierge Marie et des sains

[f. 155]

et saintes de Paradis que tu me dies la cause pour quoy ta femme a telle paine souffert.

Respond l’esperit: Puis que tu vuelz tout savoir, je te dy que c’est pour ung pechié qu’elle et moy avons commis ensemble en ce lieu cy, duquel nous sommes tous deux confessez, mais pour tant que par sa negligence elle n’a mie fait satisfaction pour ce pechié, Nostre Seigneur lui a fait souffrir ceste amere paine et doleur que tu as veu et par ce elle est quite du pechié et de la coulpe.

Dist le pryeur: Je te prie que tu me dies quel pechié ce fu, affin que les autres en puissent estre pourveus et qu’ilz s’en puissent garder.

Respond l’esperit: La voulenté de Dieu n’est mye que le pechié que par confession est

* Probably the present participle

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