Disputation [16]

[Paris, BnF fr. 1793, f. 155v]

enchassié et delaissé soit aux hommes dit et monstré. Nous sommes elle et moy vrays confés et laquelle confession Dieu a mis en oublie quant a la coulpe, mais non mie tant que a la paine. Et pour ce Dieu qui est juge nous envoye ceste paine et douleur que elle et moy souffrons pour et a cause de tel enorme pechié que autrefoiz avons commis, affin que du tout en tout il soit enchascié et oublié tant a la paine comme a la couple. Et le pechié qui est osté par la puissance de Dieu n’est mie chose deue ne raisonnable qu’il soit publié ne ramené a la congnoissance des hommes. Et aussy ung pechié enorme et incongneu ne se doit point publier ne notiffier a

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gens ignorans. Mais fay savoir et preshe a toutes gens qui se repentent et confessent de leurs pechiez et qu’ilz facent duement la penitance bailliee a eulx et enjointe en confession. Et pour certain affin que aucuns soient pourveus du peril ou ilz sont, Dieu a permis et volu que j’aye parlé a toy.

Je te demande, dit le pryeur, pour quoy ne te demonstras tu a personnes religieuses pour dire et monstrer ton estat aincoiz que a ta femme, comme il soit ainsi que ces personnes religieuses sont plus dignes et plus pres tousjours au service de Dieu que les gens lays?

Respond l’esperit: Je te dy que j’ay plus amé ma femme que je n’ay fait tous les religieux du monde. Et pour ce me

[f. 156v]

suy je monstré a elle premierement, car quant je fus jugié a souffrir celle paine, je pryay et requis devotement a mon createur que je le peusse demonstrer a ma femme pour le peril eschiever qui lui en pouoit ensuir. Et Dieu le m’ottroya ainsi que tu as veu que j’ay esté tourmenté affin que elle ne feust perdue et que aprés son decés elle ne feust pourgiee en Purgatoire ainsi griefment que je suis maintenant.

Or me diz, dit le pryeur, comment pues tu parler ne respondre a moy et si n’as ne bouche ne langue.

Respond l’esperit: Ainsi comme ung bon charpentier qui a une bonne coingnié toutte preste a copper ung arbre touttesvoies sans l’ayde de ses mains il ne le puet faire, ainsi pareillement en ceste presente

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vie ung homme ne peut dire quelque chose sans l’instrument de la langue. Et encoires pose qu’il ait langue si ne puet il parler de la langue s’elle n’est ad ce disposee par la vertu de l’ame, car tout le corps de l’omme n’est autre chose que l’instrument et vesture de l’ame. Et toutesfoiz l’ame par soy a franchement touttes ces vertus, et pour ce elle puet parler franchement sans autre instrument du corps ne ce que tu supposes ou pues penser que nul ne parle sans langue et sans bouche ne vault rien. Car on list en l’Escripture que Dieu et ses angeles parloient et formoient parfaictement leurs voix aux prophettes et aux anciens peres comme Abraham, Moyse et David, et a pluseurs

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