Disputation [19]

[Paris, BnF fr. 1793, f. 161v]

-rent a cinquante martires et furent par tant convertis a la foy chrestienne par la espeuse et aimé de Dieu madame saincte Katherine, lesquelz furent mis et gettez en grant et horrible feu et n’ot la force ne l’action sur eulx ne sur leurs vestemens. Tu voiz que le feu d’Enfer descent corporellement et chiet sur une maison sans quelle ne soit arse ne bruslee. Il advient souventesfoiz. Sachiez que quant fouldre art, c’est signe d’aucune vengance. Ainsi que tu voiz passer le soleil franchement par my une verriere sans y faire quelque mal, ainsi je suis esperit enflambé et passionné de la chaleur du feu et puis aler et venir en ceste maison sans y faire quelque violence ne dommaige.

Je te demande, dist le pryeur, chascune ame puis qu’elle est desvestue de son corps mortel,

[f. 162]

a elle congnoissance des choses naturelles?

Respond l’esperit: Certes oyl.

Pour quoy donques? dit le pryeur. Ne parles tu a moy puis que tu as telle puissance?

Pour ce que la voulenté de Dieu n’est mye que je responde a tout. Et ce dit, l’esperit se commença a plaindre et lamenter en gemissant.

Adonques le pryeur, doubtant que l’esperit ne feust trop travaillié de ses questions, lui dit: O creature de Dieu, je te laisse en la sainte garde de Dieu qui te doint par sa sainte grace le repos que tu desires. Et a tant le laissa le prieur en sa franchise et liberté et se parti de celle maison avec la compaignie.

Certain temps aprez droit la veille des roys pour avoir plus grande certaineté et congnoissance de ceste chose, le prieur derechief vint en icelle propre maison sans

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y faire quelque violence, acompaignié de ses freres avec grant commune de gens – ceulx qui par avant avoient esté avec luy. En la presence de tout le peuple dirent l’Office des Mors et pluseurs autres oroisons. Et aprez ce que matines furent sonnees en l’eglise saint Germain, ilz oyrent le son comme d’un rainon trainnant fort parmy le pavement ainsi que a la premiere foiz ilz avoient oy. La vefve jadiz femme de Guy de Tourno estant en la compaignie de pluseurs autres pour la grant doubte et cremeur qu’elle eut commença a fremir et a faire le signe de la croix devant elle. Le pryeur la fit adont parler et conjurer l’esperit ainsi que la premiere foiz avoit fait pour savoir s’il estoit l’esperit de Guy son mary,

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lequel luy respondi que oyl. Et lors le pryeur et les autres s’approchierent de celle voix car selon leur semblant et estimacion il estoit en la moyenne d’eulz. Et le prieur pensoit que l’esperit demourroit autant qu’il lui plairoit ne le contrainguy point avant que de le conjurer en ceste maniere:

Je te conjure, esperit, par le merite et vertu de la Passion de Nostre Sauveur Jhesucrist et par son precieux sang espandu en la sainte vraye croix pour la redempcion de humaine lignee que tu me diz se tu me congnoiz.

Respond l’esperit: Oyl, pour voir. Tu es le pryeur.

Je te demande, dit le pryeur, crois tu le benoit filz de Dieu avoir prins char humaine en la tresbenoite mere la Vierge Marie demoure entiere et inviolee en virginité.

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